La Vie d'Adèle - Chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche)



La Vie d'Adèle, Palme d'Or à Cannes -faut-il le rappeler- a fait et continue de faire couler beaucoup d'encre. Cependant, l'attention médiatique a été trop souvent happée par les polémiques en tous genres, si bien qu'il est temps pour moi de focaliser mon attention sur le film et lui seul.
Autant vous prévenir de suite, recherchant une part d'évasion dans le cinéma, je ne suis pas spécialement fan de cinéma naturaliste. Or, forcé de reconnaitre que La Vie d'Adèle brise les barrières de son genre, n'étant pas qu'un échantillon de ce que propose le cinéma naturaliste à la française mais une expérience inédite de cinéma.

L'intensité du long-métrage est, en grande partie, due à son traitement si proche du documentaire. Kechiche s'immisce (littéralement) au plus près de son héroïne, au point d'en donner des frissons.  La caméra arrive à capter des instants de réalité pure, si bien qu'on a tendance à complétement oublier cette caméra et tout le mécanisme artificiel du cinéma. On est comme fascinés d'être témoins de moments de vie qui paraissent si vrais : Adèle s'agite devant nous, tellement réelle. Un grand pouvoir d'identification, né de l'impressionnante illusion de vérité produit par le film, apporte toute son intensité à son visionnage.

Ce naturalisme chirurgical n'empêche pas le film de proposer de magnifiques moments de cinéma. Que ce soit avec une superbe mise en abyme lors d'une soirée ou par un soleil filmé à la manière d'un Terrence Malick, la mise en scène arrive à créer des moments de grâce qui agrippent le cœur. La direction artistique est impressionnante de maîtrise. Elle dessine la passionnante évolution d'Adèle, notamment par l'utilisation de la couleur bleue qui s'insinue plus ou moins dans le champ.

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Côté scénario, La Vie d'Adèle c'est une magnifique histoire d'amour, où les sentiments semblent s'imprimer sur la pellicule comme jamais au cinéma. On oublie très vite qu'il s'agit d'une relation homosexuelle grâce à la puissance de ces sentiments universels.

C'est aussi la description d'une relation complexe, aux enjeux sociologiques. Adèle, fille terre-à-terre d'une famille modeste, tombe amoureuse d'Emma, étudiante aux Beaux-Arts issue d'une famille aisée. Le réalisateur manie très bien les clichés afin de nous présenter, sans jugement de valeur ni condescendance, ces deux familles criantes de réalisme. Ainsi, en plongeant avec Adèle dans un nouveau milieu social, le film brosse le portrait des élites intellectuelles. Ce qui est plutôt surprenant de la part de ce réalisateur encensé par la presse, c'est que ce dernier condamne la mentalité du milieu artistique. Méprisant la trivialité du quotidien, condescendant et poussant au conformisme, ce milieu n'est pas montré sous son meilleur jour. Kechiche, quant à lui, semble mettre sur le même plan la culture savante avec la culture populaire en piochant des deux côtés. On parle de La Princesse de Clèves, des Liaisons Dangereuses et, par ailleurs, des musiques pop sont pleinement utilisées, comme l'entêtant et poétique I Follow Rivers (déjà entendue dans De Rouille et d'os).

On peut cependant reprocher au film des scènes de sexe dont la crudité déconcerte. Toutefois elles sont nécessaires au propos du film. En premier lieu, mis en opposition avec la scène de sexe hétéro, elles aident à la caractérisation d'Adèle. Puis, en filmant sans tabou le sexe lesbien, Kechiche brise les fantasmes, les idées reçues. Son ambition naturaliste gagne ici en engagement. Ces scènes sont aussi de grands exemples d'investissement artistique, car Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos montrent jusqu'à quel point des acteurs peuvent donner d'eux-même pour un film. Jamais La Vie d'Adèle aurait pu être si bon sans l’extraordinaire performance de ses actrices principales, Adèle Exarchopoulos en tête, époustouflante de vérité.

Récit sur l'amour, sur l'éducation, sur l'art, La Vie d'Adèle et ses trois heures passent en un éclair. Il donne foi en la puissance émotionnelle du cinéma, et transcende sa condition d’œuvre filmique pour être une expérience sensorielle unique et intense. Un chef-d’œuvre

Valou

Commentaires

  1. J'ai personnellement beaucoup de choses à reprocher à ce film, la banalité du scénario ainsi que sa lenteur. Le manque d'originalité, manque d'originalité qui le distinguera toujours d'un broke back moutains qui était pour l'époque un ovni en son genre. Qui aurait oser exposer l'homosexualité de ce point de vue là? Ang Lee l'a fait!
    Peut être le fait que les amourettes d'adolescents ne m'ont jamais vraiment extasiées réduit beaucoup mon objectivité, il n'en demeure pas moins que les seules choses crues du film seront les scènes de sexes passionnées qu'on aurait pu retrouver dans un épisode de Rome ou de Spartacus. La mise en scène de personnages banals dans une situation banale, avec une histoire banale: voilà ce que recherche actuellement le public. Je dis bravo au réalisateur d'avoir sû exploiter d'une part le contexte social actuel (ne faisons pas d'amalgame avec la politique) et l'omniprésence des sitcoms ou de la télé-réalité dans la vie des nouvelles générations. Ensuite artistiquement parlant le film est inexistant: la bo est digne d'un épisode de Skins, et les étalonnages font penser à ceux d'une pub espagnole.

    De mon point de vue ce film ne vaut rien, après c'est sur qu'actuellement on privilégie de genre de film à par exemple un zulu qui lui est un film bluffant , de sa musique à son scénario jusqu'à son contexte politico-social touchant, on est pas au niveau d'un hotel rwanda ou d'un shooting dogs c'est sur,qui eux sont des témoignages poignants sur un génocidé, mais on est sur une témoignage et un honneur envers Mandela. Mais ce film a été baché par les critique française et oublié le mois de décembre passé.

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