Winter Sleep - Palme d'Or 2014 (Nuri Bilge Ceylan)

Winter is coming ! Parmi les steppes d'Anatolie, Aydin, comédien à la retraite, se complaît dans ses nouvelles activités : gérant d'un hôtel troglodyte et éditorialiste pour un journal local. Toutefois cette vie de réclusion et de désœuvrement ne semble plus convenir à Necla, sa sœur divorcée, et à sa jeune femme Nihal.
Impossible de parler de Winter Sleep sans évoquer sa durée, inquiétant obstacle qui en refroidira plus d'un. Sur le papier, le film et ses 3h16 s'apparentent à une montagne à gravir. Une fois l'ascension commencée, on se rend compte qu'elle n'a rien d'éprouvante. C'est un cliché de dire qu'un long film comme celui-ci passe vite, durée et rythme étant deux choses distinctes, mais pour Winter Sleep c'est bien le cas. Finalement, Nuri Bilge Ceylan signe même un film plus accessible que son dernier Il était une fois en Anatolie, de quarante-cinq minutes plus court, qui étirait le temps d'une nuit jusqu'à l'absurde en jouant avec la patience des personnages et du spectateur.

Loin d'être écrasante, la longueur du film se justifie par une étude au scalpel de la psychologie de ses personnages névrosés. Ceylan excelle dans cet art, en s'attachant avec un regard perçant au sens caché et pervers des mots. Une non-réponse, un argument, une question pas si innocente... tout est riche de sens et se prête à la lecture des personnages qui deviennent passionnants. De cette ambition bergmanienne naît une réflexion amère sur le caractère foncièrement égocentrique de l'Homme, et sur les bas instincts qui se cachent derrière les prétendues sagesse, conscience et morale. Une réflexion dérangeante et inconfortable qui renverse peu à peu Aydin de son piédestal pour le faire chuter (de manière un peu surlignée) dans la monstruosité.

Ponctué de scènes mémorables de tension, Winter Sleep ne sacrifie pas l'intensité sur l'autel de ses intentions intello. On est dans un cinéma limpide, visuellement léché (quoique moins impressionnant qu'Il était une fois en Anatolie), et remarquablement profond et stimulant. Son souci de réalisme l’empêche de tomber dans l'écueil d'un cinéma obscur et hermétique avec lequel on pourrait facilement l'assimiler. Winter Sleep est certes un film qui ne s'adresse pas à tous les publics mais c'est une expérience intéressante, d'une grande maîtrise.

Valou

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