Interstellar (Christopher Nolan)

« I could only make out one word. "Disappointed".»
S'il y a bien un événement régulier auquel je réagis comme un fanboy c'est bien pour chaque sortie d'un film de Christopher Nolan. Un de ces films dont l'attente fait partie intégrante de l'expérience. Pourtant je ne pense pas manquer de discernement pour juger les qualités et les faiblesses de ses films. Sur The Dark Knight Rises, le niveau de mécontentement avait atteint un record dans une filmo d'une grande constance, toutefois compensé par le grand frisson procuré par le film au souffle épique. Malheureusement, Interstellar confirme un coup de mou chez Nolan évoqué dans cet article, et met en branle la tournure de sa carrière, qui m'avait toujours semblé sincère. En effet, le fait de retrouver beaucoup de Following dans Inception, qu'il avait écrit sur une décennie, prouvait le fait que Nolan faisait toujours des films de la même façon qu'au début, seulement avec un budget plus conséquent.

Par contre, le réalisateur britannique me fait douter à ce propos en copiant la recette d'Inception, son dernier sommet : une aventure au postulat SF dans un monde aux lois physiques propres, jouant sur un temps étirable (cf Cobb passant un demi-siècle dans les limbes), se concentrant sur un quadra poussé par l'amour pour ses enfants. Le rôle est cette fois tenu par Matthew McConaughey, qui aurait bien besoin d'être dirigé et dont l'aridité des expressions assèche encore plus un film qui n'arrive pas à émouvoir, contrairement à Inception, poignant par moments. En plus d'un niveau d'affect réduit, le film de Nolan ne réussit pas à reproduire le frisson épique des récents blockbusters du réal de The Dark Knight. En cela, bien que techniquement irréprochable, Interstellar est une plongée décevante dans un univers au potentiel ciné-génique énorme. Les sensations viscérales ne sont pas au rendez-vous.


Les thèmes intéressants sont bien présents, chose courageuse en soi, bien aidés par une bande-originale inspirée qui rappelle le Philip Glass entendu dans Watchmen, et  accentue l'aspect religieux de cette odyssée aux accents bibliques (argh ! ces derniers me rappellent Man of Steel). Ceci tient sûrement du voyage dans l'espace généralement propice à ce genre de réflexion sur de grandes thématiques. La liste contient notamment 2001 : L'Odyssée de l'espace, inévitablement cité ; Contact, dont l'excursion dans l'espace était prétexte pour faire débattre religion et sciences ; ou Gravity, qui s'y essaye assez peu subtilement. Pas de veine pour Christopher Nolan qui se prend les pieds dans le tapis. Le film paraît hybride, à la fois scientifique, didactique, aride et hermétique – ce que reproche les détracteurs de Nolan sur Inception- et très croyant, en valeur humanistes d'une part, et en concepts gribouillés dignes de Shyamalan, lui qu'on annonçait comme le fils spirituel de.... Spielberg, rattaché au projet et réalisateur d'Indiana Jones 4, à la fin des plus déroutantes.

En parlant de fin déroutante... Le nouveau Nolan divisera sur sa fin, laissant sur le côté les spectateurs les moins ouverts à ces sauts dans l'abstraction. Dans une optique grand public -pas de mystère mais des explications- Nolan expédie une solution inattendue et résout une intrigue terriblement mal amenée de fantômes en gonflant les proportions du récit au-delà du raisonnable (le salut de l'Homme codés en morse sur une montre...).
Les trous du récit et les événements expédiés au-delà de l'entendement m'ont donné l'impression de regarder un film découpé de toutes parts au montage, trahissant un scénario poreux qui alimentera les discussions comme celui de The Dark Knight Rises. Un film qui ne prend pas son temps pour capter la tension d'une scène, souvent bien pensé mais pas transcendé, un film qui ne veut pas s'arrêter sur les relations entre les personnages, pourtant soumises aux conditions extrêmes du voyage dans l'espace ; sur les hésitations du héros... Des personnages peu fournis, rappelant le vernis glacé des héros de 2001 de Kubrick, viennent se rajouter aux grosses faiblesses d'écriture et feront jaser les détracteurs de Nolan sur ses œillères d'adepte de l'action-driven. Je trouve ici les accusations fondées : motivé par l'ambition d'une histoire dans l'espace, Nolan délaisse ses personnages.

Interstellar ne résiste pas à l'analyse d'après-séance, tout comme The Dark Knight Rises -le premier Nolan à m'avoir fait cet effetcomplétant cette fois un sentiment de frustration déjà présent à chaud, à la fin de la projection. Ainsi sur Interstellar, le négatif prend le pas sur le positif dans mon appréciation : les défauts sans conséquences d'Inception se retrouvent décuplés, tandis que ceux de The Dark Knight Rises se confirment. En tant que fan assumé, me retrouver si brusquement dans la peau d'un détracteur a de quoi faire bizarre. Mais je ne demande qu'à être de nouveau convaincu de la sincérité du travail de Nolan, mise à mal par deux films brinquebalants donnant le sentiment d'une mutation insidieuse en machine standardisée.

Valou

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