Berri Txarrak - Denbora da Poligrafo Bakarra | Part. I Album review

       Nous avons tous un groupe que nous chérissons plus que les autres, un groupe pour lequel nous vibrons, un groupe dont chaque sortie d'album mériterait un jour férié... Après avoir gâché l'effet de surprise, je vous dévoile le mien. Berri Txarrak ("Mauvaises Nouvelles") est un groupe basque se situant à la croisée du rock, de la pop, du punk et du hardcore (pour résumer). 

Pour fêter leur 20ème anniversaire, le trio nous a offert un magnifique cadeau, tant dans l'objet que dans le contenu : 20 titres, divisés en 3 EPs. Mais ce n'est pas tout... Le groupe a fait appel à trois producteurs pour trois genres très différents. Impossible, donc, de se lancer dans une critique générale de l'album, faisons-le étape par étape...


1. Sutxakurrak
En un mot ? Sombre.

          Le premier EP est né dans la continuité de leur dernier album Haria enregistré il y a trois ans avec Ross Robinson (Slipknot, Korn, Sepultura, At The Drive-In, Soulfly...). Nous retrouvons ce maître du son au style bien à lui pour cette première partie aussi noire qu'impressionnante.
Dès les premières notes, l'énorme son s'impose et on a cette sensation qu'on va s'en prendre plein la gueule. Après la guitare entre la batterie, puis... l'orgie. Imaginez un riff de Wolfmother avec la rage des Rage Against the Machine, tout ça amené par la magnifique voix de Gorka Urbizu, s'envolant pour se fondre dans une ambiance aérienne d'arrière plan très travaillée... Les deux premiers titres s'enchaînent avec un crescendo de violence jusqu'à Alegia, un des titres phares de cet album... Titre phare car le riff laisse sous-entendre du déjà-vu, on a l'impression d'écouter un vieux groupe de metal jusqu'à ce que la batterie et la voix déchirante de Gorka entrent en piste pour nous enfoncer des coups de marteau dans la tronche. Après deux minutes de cassage de gueule arrive une deuxième partie inattendue mais très logique où Gorka hurle de toutes ses forces. Une rage communicative.

          L'EP bascule soudain avec Zimelkor, LE titre à écouter, coûte que coûte. Cela faisait très longtemps que je n'avais pas ressenti autant d'émotion en une seule chanson... Ici aussi, avec une violence sonore moins affirmée, les sons planants d'arrière plan installent une ambiance mystique qui ne fait que s'amplifier au fil des secondes, jusqu'à un final en apothéose où retenir la petite larme entre deux frissons devient un lourd travail sur soi-même.


          Pour que l'on puisse reprendre notre souffle, Berri Txarrak enchaîne avec un titre plus calme mais tout aussi sombre. Avec un riff et une lenteur malsaine qui nous inspirent Black Sabbath, Armak ("Les Armes") parle de la peur que la société nous impose avec des mélodies apocalyptiques. L'album continue sur un ton moins violent que la première partie en finissant par un fade-out à la fin de Sutxakurrak où les mélodies sont également très travaillées.




2. Helduleku Guztiak
En un mot ? Poétique.

          Un conseil : soufflez avant de vous lancer dans l'écoute de ce 2ème EP, la rupture avec le premier serait un peu trop brutale... Après un gros son metal, de gros riffs et des rythmes lourds, passons maintenant à tout autre chose : un disque entièrement pop. Le trio a mis la distorsion au placard pour se diriger vers de nouveaux sons qui ne lui sont ni trop familiers ni trop étrangers. Le groupe a toujours eu des passages calmes et mélodiques dans ses chansons, mais il ne nous avait pas habitué à autant de son clair. Le résultat est bluffant. Enregistré avec Ricky Falkner, cet EP prend son envol après une courte introduction, Aditu Bihurtuak, qui pose les bases de ce qui va suivre. Une chose est sûre, l'ambiance très aérienne du premier opus aura également sa place sur celui-ci. 
Arrive Bigarren Itzala où le thème de l'indifférence apparaît très clairement, combinée à une mélodie ironiquement joyeuse. L'album continue dans cet esprit avec Lemak, Aingurak, le single devenu déjà populaire, avant de laisser la place à Poligrafo Bakarra, titre planant et mélancolique parlant du temps. 
Il faut également souligner la performance de chaque musicien : Gorka module parfaitement sa voix pour qu'elle se prête au genre, David et sa basse (son incroyable !) se lâchent à la fin des mesures, et Galder tape délicatement sur ses percussions.

          Mais la mention spéciale de l'EP revient à son titre éponyme qui installe une ambiance ni triste ni gaie, froide en étant chaude. Sur des paroles toujours très noires, le groupe arrive au sommet de ce qu'il pourrait nous offrir, en y insérant des guitares acoustiques pour atteindre le point épique de la musicalité. Jugez par vous-même...


          Pour terminer cet EP, nous avons droit à une chanson au riff évoquant Queens of The Stone Age, au son très underground. Comme pour Sutxakurrak, celle-ci se termine par un fade-out, et pourtant on en veut encore...          



3. Xake-mate Kultural Bat
En un mot ? Direct.

          Là aussi, changement de style radical. Certes, Berri Txarrak nous avait habitué au punk avec son album Payola en 2009, mais pas à ce punk là... Ici, c'est un punk qui sent la Californie et ses skateurs, un punk qui sent la bière, la plage et le soleil. C'est au Colorado que le trio s'est rendu, chez le célèbre Bill Stevenson à qui l'on doit des albums de Rise Against ou NOFX. Avec des chansons très courtes (environ 2 minutes) et mélodiques, le groupe nous offre un EP de 15 minutes à peine, une vraie boule d'énergie comme le dévoile le premier titre Zerbait Asmatuko Dugu.


          L'album se poursuit dans cette même veine, enchaînant riffs énervés et grandes envolées, toujours avec un énorme son qui lui est propre. Hitzen Oinarri Ahula et Xake-mate Kultural Bat s'enchaînent à merveille, avec des mélodies aussi belles qu'efficaces. Gorka se permet même de lâcher les chevaux en poussant deux énormes cris jouissifs.
Et comment mieux finir ce triple EP qu'avec Bigarren Eskuko Amets ? Cette chansons de plus de 4 minutes fait parfaitement le croisement entre les différents style que l'ont peut entendre dans cet album. Rage, mélancolie, nostalgie.. et tout cela avec le traditionnel fade-out qui va bien.



          20 ans que ce groupe mythique n'a cessé de nous partager sa passion pour la musique, 20 ans que Gorka mouille la chemise en explorant de nouveaux horizons, 20 ans d'évolution colossale pour arriver à ce qu'ils en sont aujourd'hui : un groupe chantant en euskara s'envolant chaque année pour des tournées mondiales. Un succès largement mérité, qui permet également de mettre un brin de lumière sur la riche culture basque que les médias essayent tant bien que mal de faire passer pour du simple folklore.
Pour ce qui est de la tournée, elle débutera début janvier et passera par Bordeaux le 23 janvier et par Paris le lendemain. Ils seront bien-sûr en tournée au Pays Basque, à Biarritz le 13 mars.
Un grand merci à Berri Txarrak, continuez aussi longtemps que possible à nous faire voyager !



Allous

Berri Txarrak - Denbora da Poligrafo Bakarra | Part. II Interview


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