Mission Impossible - Rogue Nation (Christopher McQuarrie)

Au rayon des blockbusters de 2015 précédés par un gros buzz critique, Rogue Nation a fait de la concurrence à Mad Max - Fury Road, sorti quelques mois plus tôt dans l'excitation générale. Décidément, le cinéma a vraiment envie de retrouver les frissons de l'époque pré-numérique car pour Mad Max 4 et Mission Impossible 5 ce qui a été vendu au public c'est la promesse de montrer des cascades faites « pour de vrai » dont les risques peuvent se mesurer à l'écran. La scène de l'avion, point d'orgue de la promotion, est finalement celle qui ouvre le film, manière de dire que le film en a sous le capot. Et il faut le dire, niveau action, Rogue Nation délivre la marchandise. Entre un scène d'apnée filmée avec de longs plans et une mémorable scène de course-poursuite à moto, les moments d'action sont viscéraux et agrippent le spectateur.

A la différence de James Bond qui a pris un virage vers une maturité toute nolanienne, Ethan Hunt propose un spectacle plus décomplexé mais également plus désuet. Le film délivrant un moment d'exotisme dans un monde fantasmé où les personnages doivent rivaliser de professionnalisme, l'humanité de ceux-ci passe souvent après la démonstration de leur puissance. Malgré le fait que Tom Cruise insuffle un peu plus de second degré que dans certains épisodes précédents (le 3), on a bien du mal à s'attacher à un sur-homme si lisse. Le regard candide sur les événements qu'apporte Simon Pegg est donc très bénéfique au film. Mis à part Isla Faust qui reçoit une attention particulière, les personnages manquent de relief et les enjeux psychologiques viennent à manquer dans le dernier acte, trop balisé. On frôle la lassitude, comme pour Protocole Fantôme, devant un dernier tiers très rapide, très dense et qui n'évite pas les clichés.

C'est bien dommage car, à part une conclusion qui perd en efficacité, le film réussit presque un sans-faute. Le réalisateur se montre inventif avec les outils de mise en scène. Léchée, cette dernière arrive à extraire le jus des scènes, ne se montrant pas simplement illustrative. La scène à l'Opéra de Vienne restera comme un intéressant moment de cinéma : du Hitchcock passé à la moulinette des codes du film d'action contemporain. McQuarrie réussit également à signer une intrigue efficace, où on ne perd pas pied malgré les inévitables retournements de situation.

A la manière du traitement ambigu d'Isla Faust - son corps est offert aux yeux du spectateur mâle mais elle est indépendante et indomptable, Mission Impossible 5 navigue entre deux eaux. Il laisse entrevoir son potentiel, aidé par une mise en scène inspirée, mais reste finalement trop collé au cahier des charges pour offrir autre chose qu'un divertissement. Une réussite, cependant. 

Valou

Commentaires

Articles les plus consultés