True Detective - Saison 2 (Nic Pizzolatto - HBO)

Critique sans spoiler
En 2014, True Detective marquait de son empreinte l'offre télévisuelle (je vous renvois à la critique d'Allous et au bilan de 2014). Le retour de la saison 2 était donc source d'un taux d'excitation assez dingue. Malheureusement, dès le pilote, quelque chose cloche. Des personnages étrangement similaires, aucun recul ni second degré, facilités narratives, exposition brinquebalante... Quand le pilote de la saison 1 imposait une série d'une maîtrise incroyable, celui de la saison donne une impression de brouillon.

Par la suite, la confirmation s'impose : le problème majeur provient des personnages. Mâchoires serrées, sourcils froncés, les personnages über-sérieux de la saison 2 n'ont que peu de relief. Aucun contrepoint n'est proposé, ni moment de légèreté ni sourire. Why so serious ? Faute d'avoir des personnages convaincants, les scènes - qui n'offrent ni implication émotionnelle, ni crédibilité tangible - deviennent immanquablement clichés. Le style verbeux de Pizzolatto cannibalise ici son écriture si bien qu'il ne propose plus qu'une suite de scènes dialoguées, sans faire d'efforts pour les rendre intéressantes en terme cinématographique. On devrait donc se sentir le besoin d'applaudir quand les personnages font autre chose que parler. D'ailleurs on sent l'auteur assez sûr de lui, car il va jusqu'à refaire une scène de gunfight à la fin de l'épisode 4. La comparaison est pourtant défavorable à la saison 2, au vu de l'exploit technique du S01E04. Le générique reprenant le même modèle que celui de la première saison marque également un désir de comparaison que la saison 2 aurait du s'éviter, vu qu'elle ne supporte la comparaison avec la saison 1 sur aucun niveau. 

On se perd dans les méandres d'un récit mal amené dès le pilote, aux multiples embranchements, qui oblige à faire des recherches à l'évocation de chaque personnage secondaire. A la fin, tout effort devient inutile tant l'intérêt pour la série a disparu. La diffusion hebdomadaire en est pour quelque chose, car elle est un autre obstacle à l'appréciation de l'intrigue alambiquée. Même les cliffhangers sont décevants car trompeurs : ils ne délivrent pas la marchandise dans l'épisode suivant.

Dès le pilote poussif, on saisit que True Detective est tombé dans son propre piège, celui de s'être trop pris au sérieux. La complaisance dans le marasme et la noirceur est finalement rédhibitoire à la saison 2 : on y croit pas et tout devient passable, même les répliques qui m'avaient fait aimer la première saison. Ici, elles franchissent allégrement la frontière du ridicule et du prétentieux. Malheureusement, l'épisode final laisse enfin deviner des idées de montage, de mise en scène, bref un souci cinématographique que la saison aurait bien eu besoin. Seul source de réconfort dans ce plantage général - qui va jusqu'à écorcher le souvenir de la première saison, Colin Farrel, très investi, qui laisse deviner l'homme brisé avec ses yeux tristes.

Valou

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