Star Wars - Les Derniers Jedi (Rian Johnson)

sans spoilers
Cela ressemblerait presque à une habitude. Depuis deux ans, face au froid hivernal, Star Wars propose de réchauffer nos cœurs et nos cartes bleues avec un nouveau film et tout le bazar qui va avec.

Pour Les Derniers Jedi, le palpitant battait à plein régime, trop impatient de goûter à un nouveau morceau de la saga iconique. Côté coulisses, le jeune Rian Johnson était la promesse d'un réalisateur talentueux, à la vrai vista de metteur en scène. Pourtant, entendre les applaudissements crépiter en fin de séance a eu quelque chose de douloureux. Il y a si peu de temps, tout était encore possible. C'est trop tard désormais.

J'ai assisté à un épisode de Star Wars et ce fut sans frissons ni émotion. Ou malheureusement, pas celles souhaitées.

Le principal souci de ce nouvel opus concerne les personnages dont Rian Johnson semble ne pas savoir quoi faire. Il les insère dans des situations plutôt que de les laisser guider l'action comme dans Le Réveil de la Force. Où sont passés les arcs surprenant d'évidence des épisodes IV et V ? Ou est passée la satisfaction d'avoir assisté au glissement progressif d'un personnage ? Ici, le visionnage se finit sur une sensation encombrée : on a assisté à un enchaînement de péripéties étalées sur beaucoup d'intrigues mais étaient-elles justifiées ? satisfaisantes ? utiles ? était-ce un moment charnière pour tous les personnages ?
Luke est de loin le personnage le mieux fourni, bien que cela soit triste de l'admettre compte tenu du caractère téléphoné de son arc. Ainsi, l'investissement dans les personnages et leurs aventures est moindre et rappelle moins les meilleurs moments du Réveil de la Force que son dernier acte, passablement désincarné.

A grosse dose d'humour campy, Rian Johnson détricote à vitesse grand V le manteau mythologique de Star Wars, exterminant sans cesse toute tension. Star Wars n'a jamais été si peu fidèle à son carton d'ouverture. A se demander si Rian Johnson prend au sérieux son histoire. Les questions héritées du VII, ce n'est visiblement pas son sujet, le réal' créant déjà un manque d'unité dans la trilogie en chantier. Tout en cultivant une légitimité old-school avec le traitement philosophique du concept de la Force, Johnson fait plusieurs apports aux codes de Star Wars qui resteront comme d'effroyables moments de maladresse (de ridicule ?).
Le réal' de Looper peine à faire décoller le film, la faute à d'incessants changements d'intrigues et à un montage trop rapide pour donner du poids aux scènes. Une ou deux fulgurances, un money shot satisfaisant, sinon ça se fait aussi banal que ces innombrables champs-contrechamps pour figurer une conversation télépathique. A croire que tester autre chose aurait pu décontenancer le spectateur car, chez Johnson, les répliques bêtement explicatives existent. La beauté cinégénique de la présentation de Rey par J.J.Abrams n'est qu'un lointain souvenir dans ce film qui se fait parfois démonstratif et bavard.

Plus qu'un contenu Star Wars décevant, Les Derniers Jedi est un film tiède qui, par ses nombreux problèmes d'écriture, donne la sensation d'avoir été trop vite produit. Les personnages manquent de chair, le récit de résonance. Après Rogue One, que cela ne devienne pas une habitude. Débarrassé de Colin Trevorrow, l'épisode IX saura, espérons, corriger le tir.


Valou

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