Broadchurch - Chris Chibnall (ITV)
Dans
une bourgade anglaise de bord de mer, un enfant est retrouvé mort.
Une enquête démarre. De ce postulat classique se tisse une série
d'une incroyable profondeur psychologique. En plus d'une redoutable
efficacité, la série remplissant avec honneur le cahier des charges
d'un bon whodunnit, Broadchurch brille pour sa galerie de
personnages et d'acteurs. En premier lieu, on retient le
développement sensible et poignant du couple en deuil qui distingue
particulièrement la plume de scénaristes de Broadchurch.
Certaines scènes se traversent le cœur serré, en se révélant
d'une belle acuité psychologique. La série de Chris Chibnall suit aussi l'événement du point de vue de la presse, ce qui donne un portrait poussé et passionnant des médias actuels. Les conséquences de la couverture médiatique sont particulièrement mis en avant, pour un constat glaçant du pouvoir des médias.
En
plus de faire face au drame, les personnages apparaissent tous
torturés et porteurs de secrets. Un procédé lié au genre mais
qui fait naître un certain spleen, palpable particulièrement pour
le développement de la vie privée d'Alec Hardy qui parle avec le
savoureux et prononcé accent de David Tennant. Ce dernier est
étonnant, tout comme sa partenaire, Olivia Colman : le duo de
flics fonctionne à merveille, les deux acteurs rivalisant de naturel
et de justesse. J'aurai du mal à évoquer leur talent (surtout celui de Colman) sans sembler niais, donc je rajouterai seulement que ces deux acteurs apportent très bien la touche d'humour considérée inhérente aux séries anglaises.
Bien
que le genre de la série policière soit une vieille tradition
télévisuelle dont on retrouve ici les codes et ficelles,
Broadchurch
transcende le genre par une écriture sensible et humaine qui diffuse
une atmosphère mélancolique, bien aidée par la magnifique
bande-originale de Olafur Arnalds. La mise en scène, aux effets répondant aux canons télévisuels actuels (effets de focus, ralentis), se révèle soignée, sobre et même intense parfois. Elle participe à la construction de cette atmosphère qui atteint
son climax dans le dernier épisode, d'une tristesse abyssale et
parsemé de performances d'acteurs à briser le cœur. Un épisode final d'une puissance émotionnelle rarement rencontrée au cinéma ou ailleurs. Ce finale magistral prouve l'habileté des scénaristes à avoir créé un crescendo au long de la saison, ce qui fait la marque des grandes séries.
La seconde
saison est diffusé en ce moment sur ITV, ce qui donne une bonne
occasion de découvrir cette série policière abonnée aux
superlatifs (la saison 1 est rediffusée sur France 4).
Valou



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