Better Call Saul (Vinge Gilligan - AMC)

Relax. Critique sans spoilers
Une fois sa diffusion finie, Breaking Bad a vu son statut passer de série du moment à celui d’œuvre culte, appelée à la longévité. Impossible désormais de faire un festival sans apercevoir moult T-shirt dérivés de la série de Vince Gilligan. C'est dans ce contexte de "cultisation" au bouillonnement assez formidable que débarquait en début d'année Better Call Saul, le spin-off/préquel centré sur Saul Goodman.

Le pilote met direct une claque. On retrouve la patte de Gilligan, avec son écriture portée sur les détails et son goût pour les flash-back/forward qui lui permet, dans la première séquence très réussie, de lier subtilement Better Call Saul à Breaking Bad. L'épisode, condensé d'événements, fait l'exposition d'un univers assez fourni pour que Saul fasse route seul, puis finit sur un cliffhanger réjouissant. Excellent début. Quelques épisodes plus tard, on commence à se demander si la qualité du pilote ne va pas faire figure d'exception. Les flash-backs sont systématiques et perdent en charme, le rythme s'étiole, les enjeux rétrécissent et le récit enchaîne sans lien deux intrigues judiciaires, faisant de Better Call Saul une simple série d'avocats. Pas exactement ce qu'on était venu voir, sachant que la signature de Gilligan était apposée. J'ai eu la sensation que l'auteur nous donnait en pâture des intrigues judiciaires pour nous faire patienter avant de voir se former le duo de Breaking Bad, Mike et Saul, tellement voués à se rejoindre qu'il a du artificiellement les séparer. La série consacre ainsi un épisode entier à Mike, choix qui tient autant du pari que du cache-misère censé remplir une intrigue sans enjeux. Si bien qu'après un démarrage en fanfare, la saison 1 se finit par un season finale sans souffle, vide d'intérêt narratif.

La série s'apprécie néanmoins pour sa légèreté - matérialisée par un générique vintage et décalé ainsi que par le bagout du protagoniste apportant des répliques savoureuses, parfois très référencées. Gilligan oblige, on retrouve également un commentaire aiguisé sur l'Amérique : le rêve américain et l'esprit d'entreprise sont passés au crible à travers ce personnage de loser acharné qui s'arrange avec la loi. Better Call Saul a beau ne pas se décoller assez de son postulat de série juridique, elle offre néanmoins un angle intéressant sur ce milieu professionnel loin de l'image d’Épinal ripoliné qu'on nous offre d'habitude à voir à la télévision.

Attendu au tournant après Breaking Bad, Vince Gilligan déçoit en partie en accouchant d'une première saison en demi-teinte, qui met les gaz avant d'évoluer avec le frein. Peut mieux faire.

Valou

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