The Leftovers (Damon Lindelof & Tom Perrotta - HBO)

Il est de ces séries qui vous marquent. De ces séries dont vous n'avez pas envie d’enchaîner les épisodes comme un vulgaire consommateur, que vous souhaitez savourer. Comme un bon livre que l'on se force à fermer tous les soirs pour qu'il nous en reste le lendemain. 

The Leftovers fait partie de celles-ci.

Librement adaptée du roman Les disparus de Mapleton de Tom Perrotta, la série nous plonge dans un monde où 2 % de la population a disparue. Disparue, évaporée. L'histoire se situe trois années après les fameuses disparitions. Il ne sera donc pas question ici des disparus, mais bien de ceux qui sont restés, ceux qui vivent avec ce deuil impossible d'avoir vu s'évaporer sous leurs yeux des enfants, un mari, une femme, une sœur…

Que les choses soient claires dès le départ. La série ne nous propose aucune explication à ce phénomène, là n'est pas l'enjeu, bien au contraire. Ici, il est question de dresser un tableau, psychologique et sociologique d'une société devant vivre avec l'absence. Si cette absence de réponse caractéristique du créateur de Lost a pu me surprendre au début, voire provoquer un agacement imbécile dans les premiers épisodes, c'est finalement ce qui fait toute la beauté de cette série.
Les showrunners semblent nous dire : « calmez-vous, prenez votre temps, appréciez ce que l'on vous montre, ne cherchez pas à tout expliquer ». Et c'est en effet ce qui se passe. Plus les épisodes passent, plus on se laisse emporter par ce tourbillon sentimental et affectif. Rarement une série n'aura paru toucher avec une telle justesse les sentiments de nos personnages, dans une empathie jamais plombante, toujours sur le fil.
Finalement, cet enchainement de portes ouvertes, pas toujours refermées, concourt à donner de la densité à l’œuvre. Alors oui, parfois on ne comprend pas tout. Mais qu'importe. Je dirais même tant mieux. Nos personnages non plus ne comprennent pas tout et on réalise parfois que l'absence d'explications données ne correspond pas à une volonté du réalisateur mais bien à une réelle absence d'explication. La secte des "Coupables survivants" qui sévit dans la série en est un bon exemple. A aucun moment il ne nous est donné une définition précise de la raison d'être de celle-ci. C'est au fil de la série, à force de voir ses membres agir, s'exprimer, que l'on saisit cette souffrance indescriptible et cette volonté, ou plutôt ce refus d'accepter le départ de ceux qu'on a aimé. Tout se passe comme ça dans
The Leftovers. Il n'est pas besoin de grandes explications, il suffit de se laisser porter, d'accepter ce flou artistique, pour finalement comprendre que tout est simple.
Pour autant, il faut avouer que la saison 1 comporte quelques flous qui auraient mérités approfondissement, mais la saison 2 sera elle une réussite parfaite en tous les points, corrigeant les rares défauts de la première saison.

Si la série séduit par son fond d'une finesse rare, elle éblouit par son audace dans la réalisation. En effet, les showrunners se permettent des ruptures narratives brutales et pourtant si réussies. Ainsi, la saison 1 comporte quelques épisodes hors de la narration première, proposant de faire un focus sur un personnage en particulier, que l'on pensait secondaire, ou encore un épisode
flashback afin, encore une fois, de prendre le temps, de revenir sur certains éléments. La saison 2 viendra rendre cela plus fort encore puisque aucun épisode n'est la suite directe du précédent. Tous sont centrés sur un personnage différent, pour arriver sur un climax simplement hallucinant dans l'épisode 7, qui mérite sa place parmi les meilleurs épisodes de série. Tout simplement.
Si les créateurs se permettent ses ruptures, c'est qu'ils ont su créer une mosaïque de personnages, d'intrigues toutes plus passionnantes les unes que les autres, en abordant des thèmes à la fois si simples et si profonds : l'amour, le deuil, la croyance…
On aurait pu avoir comme résultat une série surchargée, incompréhensible, mais c'est le contraire qui se produit. Paradoxalement à la fin, tout semble si simple, si évident.

Enfin, la bande-originale signée Max Richter mérite bien qu'on lui consacre quelques lignes. Celle-ci participe incontestablement à la beauté de la série. Par ses productions minimalistes, le compositeur souligne à la perfection les propos de la série, rajoutant de l'émotion à l'émotion si cela était encore possible.
  
Il y a encore tant de choses que j'aurai souhaité vous écrire sur cette série, mais je pense que le mieux est que vous preniez le temps de regarder, et de profiter d'un de ces chefs-d’œuvres dont nous gratifie de temps en temps le format télévision. Alors il est vrai, je n'ai toujours pas regardé Games of Thrones, Breaking Bad, Walking Dead... Mais j'ai regardé The Leftovers et j'affirme sans hésitation que cette série mérite sa place parmi les plus grandes séries produites, et peut être même la plus grande dans son domaine. 


Lao

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