La La Land (Damien Chazelle)

 
Attendu fébrilement par un public français qui a dû s'armer de patience, La La Land heurtait nos écrans après avoir muté en aimant à récompenses et nominations - un phénomène où l'ampleur du consensus doré apporte paradoxalement un gramme de suspicion désapprobateur.

Enivré par une superbe introduction - un peu hors-film tout de même - je goûte pleinement l'audace visuelle, la maîtrise technique, l'humour, les parti-pris esthétiques et surtout cette petite astuce narrative mise au début : une rupture chronologique, un exemple de narration ludique qui nous fait espérer un film frais, innovant, gonflé. Pourtant, une fois installé dans le deuxième acte, La La Land n'est malheureusement pas à la hauteurs des espérances sur ce point : Damien Chazelle ne propose qu'une simple resucée des codes de la romcom. Nos attentes ne sont jamais corrompues, le film avance sans surprises, sans prises de risque et le manque de mordant dramatique se traduit par un visionnage à l'investissement fluctuant. Outre le classicisme pépère de l'intrigue, quelques scories de scénario sont à déplorer.

Cependant, ces lacunes peinent à faire le poids face au plaisir qu'offre l'ensemble du film. Les numéros musicaux nous placent parfois dans un état euphorique, nous filant une chaleur au ventre et l'envie de danser après la séance. Il y a aussi Emma Stone. Elle irradie l'écran par son naturel, son aisance, et devrait définitivement séduire les yeux encore insensibles à son énergie et son charme.

Au-delà de la force feel-good et du brio esthétique qui emportent l'adhésion, La La Land peine à résister à la réévaluation de l'après-séance car, touché par le syndrome post-moderne, il se limite à sagement rendre hommage, à remettre au goût du jour un produit du passé. Une fois le buzz dissipé, les récompenses rangées au-dessus de la cheminée, pas sûr que La La Land résiste solidement à l'épreuve du temps...


Valou

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