Mektoub My Love : Canto Uno (Abdellatif Kechiche)
On peut difficilement gagner une (triple) Palme d'Or et sortir un nouveau film sans avoir à se positionner sur le précédent, dès lors considéré comme le magnum opus de l'auteur. De fait, on pouvait se dire que Kechiche ne déviait pas du sillon de La Vie d'Adèle : nouvelle adaptation littéraire, nouvelle promesse de romances entre jeunes adultes pour un film de trois heures au sous-titre comportant un numéro...
Pourtant, avec Mektoub My Love : Canto Uno, le réalisateur change de braquet. Quand La Vie d'Adèle était guidé par une dramaturgie évidente - la transformation d'une protagoniste à travers la structure éprouvée de la romance - pour un résultat transcendé par la vitalité de l'approche documentaire, le dernier film d'Abdellatif Kechiche semble se désintéresser du récit.
Peu ou pas de causalité, un protagoniste réduit au minimum, redondances : Mektoub My Love prend l'allure d'une simple chronique. Sans progression dramatique, difficile de savoir ce qui est au centre du film sinon la méthode de travail de Kechiche. En effet, à l'écran, ne reste plus que son style - qui produit toujours des moments de fiction captivants de réalisme, il faut le reconnaître et le saluer. On peut légitimement se demander si un montage de trois heures se justifiait pour un récit si réduit. Lorsque les séquences s'éternisent et que les idées de forme se font si rares - là où quelques trouvailles dans La Vie d'Adèle produisaient un effet électrisant - la question de la complaisance du réalisateur envers son travail se pose de fait.
Mektoub My Love est une fiction qui ressemble tellement à la vie qu'elle en hérite son caractère anecdotique et pauvre en sens. Malgré le pouvoir d'attraction de ce qui nous est donné à voir, l'exercice ne tient pas la durée. Le plus grand ennemi du cinéma de Kechiche se cacherait peut-être dans la vanité de son réalisateur.
Valou



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