Star Wars : L'Ascension de Skywalker (J.J. Abrams)

Sans spoilers

Noël 2017 : Les Derniers Jedi sonne le glas d'une postlogie même pas finie. Rian Johnson fait un croche-patte à J.J. Abrams mais lui laisse un champ de ruines sur lequel construire la suite : les personnages ont fait du surplace, le grand méchant est en moins et Rey n'est qu'une anonyme du désert. Comment Abrams, de retour aux manettes, allait s'en sortir ? Par quel moyen allait-il rattacher les wagons ? La tâche paraissait impossible, jouée d'avance - à moins d'un très long film. Allait-il changer de braquet, s'adapter à Rian Johnson et aventurer Star Wars hors de sa zone de confort ?

"Business as usual" se dit Abrams mais quelque part, il n'y croit pas non plus. En atteste un ton décomplexé, digne d'un récit pulp, lui permettant d'éviter de donner trop de justifications et foncer tête baissée dans l'action. Résultat : ce repli dans l'over-the-top fait dériver la conclusion de 40 ans de saga plus près des eaux WTF des Jurassic World* que de ceux, adultes, de l'Empire contre-attaque. Les fans de la première heure verront leurs cheveux s'hérisser devant tant de révisionnisme nonchalant.

Conclure les arcs de Rey et Kylo, faire partir certains personnages, en faire arriver (revenir) d'autres, étoffer la relation Finn-Poe... Compte tenu du travail supplémentaire hérité des Derniers Jedi, la charge était trop lourde pour seul un film. Nous nous trouvons moins en présence d'un récit aux lignes claires à la Campbell (dans le sillon duquel se plaçait Le Réveil de la Force) que d'un amoncellement de rebondissements aux contours assez flous. On sent les entourloupes de scénaristes : un MacGuffin en chasse un autre pour faire diversion, retarder le dernier acte manquant cruellement d'imagination, le temps de remplir les objectifs cités plus haut. Il est d'ailleurs rigolo de voir Chris Terrio au générique, lui qui a écrit un autre film obèse de ces dernières années, Batman V Superman.²

A cette bouillabaisse scénaristique, l'action sert de contrepartie (de diversion ?) et le réalisateur de Super 8 a de solides atouts. Au-delà de l'action, il y a un certain plaisir à retrouver la vista entrainante de J.J. Abrams. Le hic c'est qu'aucune scène ne surnage dans ce film hyperactif où tout est monté à la vitesse d'un climax. Une scène de deux-minutes en chasse une autre, sans cesse... On aurait aimé davantage se concentrer sur le trio de rebelles dont l'alchimie promettait de belles choses. Ce constat nous laisse regretter que leur dynamique n'ait pas été développé plus tôt dans la trilogie. Ce qui enfonce davantage Les Derniers Jedi.

On s'interroge... Comment cette postlogie a pu devenir un tel fiasco ? Certes, les plans d'Abrams ont été contrecarrés mais étaient-ils satisfaisant dès le départ ? Fallait-il s'acharner à les réinsérer dans la conclusion ? L'Ascension de Skywalker n'échoue-t-il pas d'abord par son manque d'ambition ? Et si Le Réveil de la Force - entre suite et remake - avait planté la première banderille ? Où se situe le péché originel ? Renvoi de Michael Ardnt ? Rejet des idées de Georges Lucas ? Embauche de Kathleen Kennedy ? Pour l'heure, internet fulmine mais le temps rangera comme il se doit cette trilogie dans l'oubli, entre Le Hobbit et le revival d'Alien, comme un douloureux souvenir lointain, très lointain.


Valou
 

* - Colin Trevorrow, réalisateur de Jurassic World, devait réaliser l'épisode IX avant d'être remplacé par J.J. Abrams.

² - Avez-vous remarqué : une scène de vision de Batman V Superman est étrangement similaire - dans la forme, dans la fonction - à une scène de L'Ascension de Skywalker.


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