Asu Zoa - Dieudoné

Dans un Zénith de Toulouse à deux doigts d'être complet, Dieudonné a donné une représentation de Asu Zoa, son spectacle post-Le Mur dans une ambiance survoltée. La rumeur annonçait un spectacle édulcoré. On n'allait trouver aucun des propos qui avaient valu l'interdiction du Mur. Elle disait vrai. Rien de scandaleux à se mettre sous la dent, les huissiers seront sans doute déçu. De ce postulat, l'humoriste a décidé d'en tirer parti. Représentés par des caméras cachées dans les éléments du décor, les huissiers sont des personnages imaginaires du spectacle. Bonne idée, un peu trop utilisée durant le spectacle.
A part eux, on retrouve notamment les fidèles personnages de l'Africain et de l'Antillais pour des sketchs à la charge politique acérée. Même après une cabale médiatique sans précédent, Dieudonné est resté fidèle à son cheval de bataille : dénoncer. Ici, l'humour laisse parfois percer une rage qui renforce la sincérité du propos. Son potentiel subversif tourne à plein pot. Même un sketch assez fameux sur la pseudo-fin du monde de 2012 est l'occasion d'égratigner les chaines d'info en continu.
Cependant on peut remarquer que l'humoriste a du mal à se renouveler depuis quelques spectacles. Dieudo a acquis une certaine vitesse de croisière qu'il arrive à maintenir entre chaque spectacle mais le bruit des rouages commence à se faire entendre. Un relatif manque d'invention, qui est surtout visible à travers quelques rustines : des blagues pas inédites parsemée pendant le spectacle. Même si ce spectacle n'est pas un très bon Dieudo, l'entrain comique et le charisme de celui-ci suffisent pour emporter l'adhésion.

Le talent est indéniable. Hors, le fond pose problème. En musclant son propos contestataire, Dieudonné s'est frotté à des sujets tabous. Les accusations qui l'ont visé ont permis de l'écarter de la scène médiatique et ont essayé d'effacer toute légitimité à ses propos engagés. L'imbroglio a commencé par là. Dieudo s'est finalement fait à sa réputation de provocateur notoire, et il s'est vu comme un explorateur. L'explorateur des limites de la liberté d'expression. En tirant autant que possible sur la corde du politiquement incorrect, il n'a fait qu'alimenter son image d'ennemi public véhiculée par les médias.
La lisibilité de son propos en a pâti. Le doute s'est installé. Le rire a viré au jaune car la provoc' s'est confondu avec le mauvais goût. Était-il passer du côté obscur ?
Si on l'écoute parler dans ses spectacles ou en interviews, il est possible de répondre à cette question par la négative. Son propos est devenu plus trouble mais son engagement n'a pas changé. En effet, Dieudonné M'Bala M'Bala affiche une vision du monde qui n'est pas issue des manuels scolaires ni des médias. Sa voix non-consensuelle est importante pour la préservation de la liberté de penser due à chaque individu. Ceux qui veulent le faire taire représentent un danger pour la liberté d'expression. Là où est le consensus, la censure n'est pas loin. Le débat n'est pas de savoir si Dieudonné a raison ou tort. A chacun de juger. Il est de savoir pourquoi son propos fait de lui un paria, et qui a intérêt à le faire passer pour un monstre...

Peut-on rire de tout ? La liberté d'expression doit-elle être limitée ? Comment juge-t-on un propos dangereux ? Juge-t-on un homme à ses relations ? La réponse vous appartient... Forgez vous votre avis.

Valou

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