Hey, what did you expect ?
Depuis
vendredi, l'actu cinéma est trustée par les cérémonies de remise
de trophées. Les Césars ont été distribué. Les Oscars, idem. On
sort les coups de gueule, les incompréhensions, les critiques et que
la fête commence !
Dans
la course qui opposait Matthew McConaughey et Leonardo DiCaprio, les
deux favoris pour la statuette du meilleur acteur, l'Académie a
tranché : le premier a gagné. Celui-ci jouait dans le dernier film
de Jean-Marc Vallée, Dallas Buyers Club, où il
offrait une performance jugée impressionnante. Paradoxalement, ce
sont probablement les 22 kilos en moins qui ont du faire pencher la
balance. Je ne connais pas la prestation de McConaughey, loin de moi
l'idée de l'évaluer comme inférieure à celle de DiCaprio. Il est
cependant légitime de se poser une question : l'acteur
d'Inception aurait-il démérité ?
Il
est de pratiquement tous les plans du dernier bijou de Martin
Scorsese et sa performance est autant hallucinée qu'hallucinante. Il
porte les trois heures de film grâce à un abattage hors-du-commun
qui fait penser aux grands moments d'Al Pacino ou de Jack Nicholson.
Formidablement à l'aise dans tous les registres de jeu, l'acteur a
su prendre des risques dans des scènes qui resteront gravées dans
la mémoire cinéphile.
L'aveuglement
des votants aurait pu être pardonné si cette performance n'était
pas la nouvelle d'une liste déjà longue. De plus, les films dans
lesquels il apparaît sont -la grande majorité du
temps- des rendez-vous de grande qualité. Martin Scorsese,
Steven Spielberg, James Cameron, Sam Mendes, Christopher
Nolan, Quentin Tarantino, Woody Allen, Clint Eastwood...
DiCaprio a su se faire désirer par les plus grands d'où une
carrière à la constance fascinante. Cette impressionnante
régularité peut être assimilée à du carriérisme. Léo n'est
peut-être qu'un acteur très sérieux, assoiffé de grands rôles
gratifiants. Qu'importe, car on peut difficilement contester ses
talents de comédien. Alors, pourquoi ne remporte-t-il pas les
faveurs de l'Académie ?
L’incompréhension
ultime semblait être atteinte en 2012. Leonardo DiCaprio ne faisait
pas partie des cinq nominés à l'Oscar du meilleur acteur. Son rôle
dans J. Edgar du grand Clint lui assurait pourtant
un rôle de sérieux candidat à la victoire. Biopic ? Check.
Transformation physique ? Check. Un réal' à Oscars
? Check. Toute la panoplie Oscar-friendly semblait
rassemblée. A la surprise générale, Demián Bichir,
l'acteur de A Better Life, lui a été préféré.
Depuis
quelques années, sa victoire aux Oscars est attendue, espérée...
mais ne vient jamais. On râle quand on constate l'injustice. En
effet, cet acteur marque son époque et il ne s'inscrit pas en noir
et blanc dans l'histoire. La profession lui refuse sa reconnaissance
encore cette année.
Pire
encore, en ne récompensant pas l'acteur du Loup de Wall
Street, on privait le film de tout prix. Qu'un film si
extraordinaire reparte bredouille de la cérémonie laisse
pantois. Le Loup de Wall Street affiche une telle
maîtrise du cinéma que cette fresque palpitante et drôle restera
sûrement dans les mémoires.
Tout
comme lui, La Vie d'Adèle - Chapitre 1 & 2 n'a pas été
récompensé à sa juste valeur. La Vie d'Adèle et Le
Loup de Wall Street, deux des plus grands films de 2013, se
retrouvent liés par le hasard. Pourquoi la profession ne
consacre-t-elle pas ces œuvres unanimement saluée par la critique
?
La
représentativité de ces cérémonies est encore et toujours
contestable, car les conditions d'élection échappent à la seule qualité des œuvres. La polémique Kechiche a nui au film, cela semble une
évidence. La profession n'a pas voulu applaudir un cinéaste qui
l'inquiète, aux méthodes peu académiques... De l'autre côté de l'Atlantique, la beauté classique du film de Steve McQueen a été préférée à celle excessive, exubérante du Scorsese. Au fond, tant pis... Les Oscars ne font pas forcément passer à la postérité (A Beautiful Mind, Crash...). Les Césars non plus d'ailleurs (Séraphine). Les films existent dans la mémoire des gens, ils sont des expériences sensorielles. On ne quantifie pas la valeur d'un film avec des trophées. Tournons nous plutôt vers l'avant, et vers une année 2014 qui n'a pas l'air piquée des vers.
Valou



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