Noé (Darren Aronofsky)
C'est avec un mélange de méfiance et d'envie que j'attendais ce film. J'étais très étonné de voir que Darren Aronofky, qui m'avait mis une grosse claque avec Requiem for a Dream et Black Swan, veuille adapter l'histoire biblique de Noé en une superproduction hollywoodienne. Quel projet casse-gueule ! Finalement, le résultat est inégal en terme de qualité, ce qui est principalement du aux pièges tendus par son sujet.
Noé se découpe grossièrement en deux parties : l'une avant le déluge, l'autre dans le bateau. Cette deuxième partie, huis-clos (superbement éclairé) où la famille se déchire, élève considérablement la qualité du film en offrant de grands moments de tension. La caméra portée qui rappelle le dyptique Wrestler-Black Swan cohabite avec des plans typiques des blockbusters épiques de l'ère numérique, à savoir des travellings où la caméra flotte dans les airs dont le réalisateur abuse dans la première partie.
Je reproche à cette partie du film un début trop elliptique, un peu déstabilisant pour rentrer dans l'histoire. Peut-être qu'un meilleur début est à envisager si un director's cut voit le jour. J'espère un jour pouvoir voir ce montage pour comprendre au mieux les ambitions d'Aronofsky sur ce film. En effet, la frontière entre film personnel et film de studio est ici difficilement identifiable. Rien qu'en regardant le casting, on peut en déduire la nature paradoxale du film. D'un côté, Aronofsky retrouve Jennifer Connelly quinze ans après Requiem for a Dream. De l'autre côté figure Emma Watson qui, sans rien enlever à ses qualités d'actrice, est un aimant pour magazines à papier glacé capable d'agrandir l'audience potentielle. C'est sans parler de la gravure de mode qui lui sert d'amant dans le film...
Quant au fond, bien qu'un second visionnage s'impose, j'ai été plutôt rebuté par toute cette morale chrétienne. Le message du film est assez ambigu : à la fois, il questionne sur la notion de fanatisme tout en restant fidèle à certaines idées qui m'ont semblé rétrogrades pour notre époque : une conception "essentialiste" des choses, un certain déterminisme surtout concernant la femme, et un épilogue qui justifie l'intervention divine. On sait que le studio cherche à surfer sur cette ambiguïté pour attirer un public croyant, celui même qui a fait le succès de La Passion du Christ. Bien que Noé aurait difficilement pu être progressiste, j'ai trouvé dérageant qu'un film de divertissement affiche autant cette morale religieuse, surtout quand on sait que la religion chrétienne occupe une place prépondérante dans l'american way of life. Si le but poursuivi des blockbusters américains est de promouvoir plus ou moins insidieusement le modèle américain à travers le monde, alors Noé est un bel exemple des rouages du softpower.
Noé se trouve à la frontière entre blockbuster répondant aux exigences du genre (scènes d'action, bande-originale épique qui tombe dans l'écueil de la musique assourdissante) et film aux forts enjeux psychologiques contenant des fulgurances de mise en scène (les interludes rappelant le montage syncopé de Requiem for a Dream). Cette nature hybride et hétérogène le rend intéressant mais représente son principal défaut.
Valou
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C'était avec une excitation rare que j'attendais la nouvelle œuvre de Darren Aronofsky, après un Black Swan qui m'avait littéralement bluffé. Ce projet avait attiré mon attention, car jamais je n'aurais imaginé le réalisateur s'engager dans un conte biblique. C'est donc avec un sentiment partagé que je suis allé le voir, et j'en suis sorti avec un avis tranché.
La première impression que j'ai eue est que le film est malheureusement d'actualité. Aronofsky pose la problématique du sentiment de supériorité de l'Homme face à la Nature. Noé et sa famille affrontent les Hommes qui voient les animaux comme du simple bétail, dans une grande bataille idéologique.
Le personnage de Noé (Russell Crowe, impeccable de par sa froideur et son impartialité) représente un antihéros, perdu dans une représentation de la Bible trop fanatique. Il prétend que Dieu lui a ordonné de sauver les animaux et arrêter la reproduction humaine, car l'Homme a créé la violence, la rage, l'égocentrisme... l'Homme a créé l'inhumain, en somme. (spoil) C'est ainsi qu'il va jusqu'à vouloir tuer ses petits enfants, d'où une Emma Watson pleurnicharde du début à la fin du film au point d'en devenir agaçante, malgré son charme incontestable.

Ainsi, Darren Aronofsky casse les codes du conte manichéen. Il nous est impossible de déceler le bien du mal : le personnage de Ray Winstone que nous haïssons au début du film s'humanise contrairement à Noé qui s'assombrit. Le réalisateur nous fait donc réfléchir à la complexité de la croyance religieuse.
Côté réalisation, Noé frôle la perfection. Les plans larges (tournés en Islande) sont splendides : la photographie, colorée dans un premier temps puis sombre dans la seconde partie, est en totale concordance avec l'évolution du personnage principal. Darren Aronofsky arrive à nous faire voler grâce à une caméra flottant dans les airs, nous tient en haleine avec une scène de déluge à couper le souffle, nous fait voyager dans un monde mystico-chrétien... Et cela va sans dire, les effets spéciaux sont également au rendez-vous.
Dans un genre complétement différent de Black Swan ou Requiem for a Dream, Darren Aronofsky signe ici une œuvre qui remet en question la place de l'Homme dans la Nature. Pouvons-nous la contrôler ? Sommes-nous supérieurs aux animaux ? Les questions posées ne sont pas d'ordre chrétien mais humain, aucun débat religieux n'a donc lieu d'être.
Malgré des aspects de blockbuster (musique épique assourdissante, scène de bataille interminable), le film mérite le plus grand des respects car il est né d'une réflexion sincère, bien que très fidèle au conte chrétien.
A l'heure où nous élevons des animaux en batterie, chassons des espèces en voie d'extinction, pourrissons la Terre-mère avec je ne sais quels pesticides... Noé est un film qui fait du bien.
Allous


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