Love (Gaspar Noé)

Ayant la capacité d'allier un certain génie en même temps qu'une médiocrité désolante, Gaspar Noé ne laisse personne indifférent. La sortie de Love, annoncé comme un porno en 3D, ne pouvait que creuser le fossé entre les fans et le reste du public. 

En effet, les détracteurs du cinéaste auront de quoi se faire les dents. Le caractère autobiographique du film est renforcé par une tendance ricanante à l'auto-citation et aux dialogues méta. Trop évidentes -bien que rigolotes- ces citations nous font sortir de la diégèse et sont plus dommageables que sympathiques. Le déjà célèbre money shot filmé en 3D, ressemblant à un fantasme du cinéaste, confirme les traces d'une immaturité goguenarde que laissait présager la promotion racoleuse. Hormis ces scories, Love s'impose dès le début comme un douloureux voyage introspectif, conduit par des flash-backs desquels émanent un parfum doux-amer. Montrant la beauté et la laideur du sentiment amoureux, Noé accouche d'un film d'amour mature et poignant qui profite pleinement d'une chronologie chamboulée. Le titre n'avait rien d'ironique : Love est avant tout une histoire d'amour et le sexe y trouve une place toute légitime et évocatrice. Les longueurs du film – signature de Noé, trop sûr de lui – ternissent un peu ce jugement mais ils n'effacent pas les sentiments qui se sont succèdes à l'écran pendant la projection. En tous cas, sa façon d'inclure le sexe s'inscrit dans l'histoire du cinéma avec une ambition et une pertinence louables. La 3D - bien que dispensable par nature - est très appréciable grâce à des compositions de plans qui rendent l'expérience pertinente.

Grâce à cette histoire simple et sensible, Gaspar Noé déverrouille son cinéma en le mettant au service des sentiments. Sous l'egotrip et le reliquat de posture provoc' se trouve à l'évidence un film d'amour atypique et couillu, bien que trop langoureux. 

Valou

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