The Guard / Camp X Ray (Peter Sattler)
Privé
de sortie en salles dans l'Hexagone, le film de Peter Sattler avait
pourtant quelques bons arguments pour convaincre le public (et les
distributeurs) : un décor à l'aura subversive et deux têtes
d'affiche identifiables : Peyman Maadi, l'acteur d'Une
Séparation, et Kristen Stewart qui se construit une légitimité
artistique, bien aidé par l'obtention d'un César cette année.
Malheureusement,
l'intérêt que suscitait Guantánamo est flingué par un traitement
inintéressant. Camp X Ray commence par présenter des détenus
archaïques et haineux, pour que l'arrivée d'un Arabe « correctement
intégré culturellement » et jacassant avec une femelle, nous
fasse comprendre qu'ils sont pas tous pareil. Mais attention,
le bonhomme a beau être Allemand et être allé à l'université, il
a toujours à apprendre de la Caucasienne (il connaît pas Hannibal
Lecter, seriously ?). Le film semble tracer l'idée d'une
guerre de civilisations, en appuyant l'identité chrétienne des
matons, sans pour autant émettre de réserves sur cette théorie.
Au prix d'une remise en cause de la légitimité américaine, on
apprend donc qu'à Guantánamo, tout n'est pas aussi simple qu'on peut
le penser. No shit ! Toutefois, si vous cherchez un film
de prison trash et subversif, Camp X Ray n'est pas de ce bord
là : on est chez les bisounours comparé à Abou Grahib. Bref,
le film - donnant la désagréable impression d'être didactique -
distille une réflexion américano-centrée qui semble sommaire,
voire ridicule depuis l'Europe.
La
relation prisonnier/maton au cœur du film part d'un postulat un peu
branlant vu le protocole pénitencier. Elle est surtout desservie par
des dialogues maladroits et par – ô désespoir – une Kristen
Stewart retombant dans ses travers. Tout en mines renfrognées, en
mimiques exaspérées, elle offre peu de relief à son personnage. De plus, de
la relation entre matons, on ne retient que des postures
viriles, d'une grande sécheresse psychologique.
Ainsi, Camp X Ray gâche son potentiel, notamment par un traitement superficiel et balourd, à la posture idéologique ambigu. Dommage car les qualités formelles étaient au rendez-vous...
Valou
> Camp X Ray et les autres films les plus attendus de 2015.



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