Dheepan (Jacques Audiard) - Palme d'or 2015

Auréolé de la Palme d'or, Dheepan de Jacques Audiard ne goûte pourtant pas de la même maîtrise incontestable dont pouvaient jouir Winter Sleep ou La Vie d'Adèle, champions des éditions cannoises précédentes. Après un De Rouille et d'os qui hésitait entre mélo et film social/naturaliste, c'est un autre mélange des genres peu réussi qui déstabilise le dernier film d'Audiard.

En effet, le film se présente d'abord au spectateur comme une plongée sensible, à hauteur de personnages, dans le quotidien d'immigrés sri-lankais arrivés en France. Langue, pays, continent... au départ, tout est différent chez ces personnages : le parti-pris est audacieux. Grâce au pouvoir du cinéma et au talent des scénaristes, on s'attache, avec beaucoup d'empathie, aux personnages, et l'évolution de leur relations constitue le nerf du film. A mesure qu'il avance, le métrage saisit par sa mise en scène, qui culmine dans des instants oniriques très léchées, mais étonne par des raccourcis scénaristiques (l'accès au travail, les talents de Dheepan...).

Puis, une scène -inutile dans la narration- prépare le basculement du film vers le thriller à dominante vigilante. Audiard précise en interview que Dheepan ressemblait, dès la première mouture du scénario, à un film de redresseur de torts, genre réactionnaire en soi de son propre aveu. Bien que le réalisateur ne fasse rien pour donner du grain à moudre à un discours réac, le message est bel et bien tapi implicitement dans la fin du métrage. Ajouté à ça un happy-end à la niaiserie déstabilisante et le message du film devient illisible. 

Dheepan déçoit dans son écriture en choisissant de prendre un virage incongru, à la Taken, qui interloque et jette un flou idéologique. Les frères Coen ont du aimer le goût dont Audiard fait preuve pour le film de genre (et la violence) mais difficile de voir autre chose qu'une récompense honorifique dans cette décision. Une Palme d'or bien discutable... 

Valou

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