Rewind Review : "Jurassic Park" (Steven Spielberg)
A l'heure où le quatrième volet a dévoré le box-office mondial, le
moment est bien choisi pour se pencher sur le film originel, passé
dans la postérité pour ses effets-spéciaux. En effet, Jurassic
Park fait partie
des blockbusters qui ont rimé avec aboutissement
technologique.
Promettant expériences visuelles novatrices – le mot exhibition
placé en idée maîtresse - ces films nous ramènent au plus près
de l'essence foraine du cinéma. Or, là où le film de Spielberg se
distingue, c'est par sa mise en abîme de l'expérience proposée au
public : Jurassic
Park est, à sa
façon, une métaphore
du cinéma.
Le
brouillage des repères entre diégèse et cinéma est résumé par
le titre : parc et film partagent la même ambition de présenter
des dinosaures plus vrais que nature à des fins lucratives. Si à
l'écran les dinosaures prennent chair par un assemblage
d'effets-spéciaux (numériques et animatroniques), dans l'histoire
un autre argument technologique est avancé (des manipulations
génétiques). Toutefois, en présentant des créations humaines
produites à l'image des créatures préhistoriques,
l'illusion propre à l'expérience cinématographique est
laissée intacte dans la fiction. La découverte empirique de ce
bestiaire disparu est transposée à l'écran par l'intermédiaire de
personnages/spectateurs – et des célèbres spielberg faces (l'illustration en est un exemple).
L'absorption par le spectateur de leur réactions ébahies entraîne
une validation du spectacle proposé, allant jusqu'à renforcer son
effet.
L'émerveillement
laisse ensuite place au cauchemar prométhéen, l'horreur
conduisant alors un récit sur la vanité humaine – et les dangers
du capitalisme - bien éloigné de ce qu'on peut attendre d'un outil
du softpower. Film de mes premières suées, à l'époque où
mon attrait pour les dinosaures me destinait à devenir
paléontologue, Jurassic Park a conservé au fil des
visionnages son implacable efficacité, tout en gagnant en
intérêt cinéphile. L'évidence de la mise en scène,
l'identification de certains thèmes récurrents chez Spielberg, la
caractérisation progressiste du personnage féminin, tout comme la
réflexion philosophique sur l’action humaine me convainquent à
chaque fois pour un nouveau visionnage.
Sublimée
par la musique emphatique de John Williams, cette attraction
rutilante n'est pas pour autant dépourvue, sous les cris et les
esbroufes numériques, d'un fond à explorer, réclamant par là
toute la noblesse du terme divertissement.
Valou



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