C'était comment la 11ème édition du Cabaret Vert ? (Charleville-Mézières, 2015)
Le lendemain matin, Charleville-Mézières est traversé par un flot de tentes Quechua et de glacières. Au bout, le camping du Cabaret-Vert qui, cette-fois, nous est ouvert et pour de bon. Au son de The Night Before d'Hooverphonic -diffusé à l'entrée du camping par un stand de pressions - les plumes de MTXOS ne pouvaient rêver meilleur accueil, un peu comme si le festival cherchait un moyen d'effacer "what happened the night befooore...". Après un inquiétant -mais finalement petit- épisode pluvieux à midi, la onzième édition du festival du Cabaret Vert peut commencer sous les meilleurs auspices.
Son Lux : Comme premier concert d'un festival, Son Lux a de quoi offrir. Le jeune Américain chante, mixe et joue sur ses pads pendant un set mélangeant sonorités tradi et électro pour un résultat enivrant.
Benjamin Clementine : Benjamin Clementine, installé au piano, nous a bercé de sa voix puissante pour un show au charme rétro dans lequel se retrouveront surtout les amateurs de sa musique.
Christine & the Queens : Des titres diffusés sur les ondes combinés à une bénédiction des médias culturels influents : Christine & the Queens est un nom rassembleur. Mais l'effronterie de son succès fulgurant en a aussi fait une artiste clivante chez les amateurs de musique. Le concert du Cabaret-Vert a pu confirmer ces deux phénomènes. Des "je ne tiens pas debout" ont résonné sans surprise dans le public pendant le refrain de Christine puis une tomate a volé sur scène, comme l'a fait remarquer avec humour la chanteuse juste avant de reprendre le chant. En effet, si la musique est catchy mais manque un peu d'audace, le show vaut le détour pour la présence chaleureuse de Christine, alias Héloïse Letissier. Sur scène, elle allie charisme, classe et une agréable proximité. De plus, l'abattage dont elle fait preuve en dansant force le respect.
Gramatik : Conclusion de la première soirée, Gramatik a délivré un set des plus efficaces. Très axé dubstep, le concert n'a pas comporté nombre de ses hits (un peu dommage) mais il a eu le mérite de nous remuer dans tous les sens. Par dessus tout, il nous aura aimanté le regard grâce à l'écran géant qui a diffusé une sublime suite d'animations, à l'esthétique des plus soignées.
Dan Deacon : Dès le premier titre, l'artiste ne brosse pas le festivalier dans le sens du poil et impose son style peu accessible. Ses compositions studio éveillaient la curiosité, mais en live, sa musique très cérébrale nous a déçu.
The Shoes : Apparemment, c'est le groupe du moment. A la fin du concert, j'avais compris pourquoi. Adepte d'un style caméléon, The Shoes propose un son complètement branché sur l'air du temps. Il oscille entre une pop mélodieuse et précieuse, un rock plus énervé et un son FM redoutable bien que peu original (leur tube Time to Dance). Leur installation vidéo renforce également le côté "à la mode" du groupe : par intermittence, l'écran géant se remplissait de vidéos uniquement faites en contenu informatique. Karaokés sur Word, GIF animés, détournements de mèmes : le résultat est soigné, drôle, hypnotisant et 100% in.
Ratatat : Gros morceau de la programmation de cette onzième édition, Ratatat était attendu de pied ferme par un public impatient. En arrivant, les deux New-Yorkais montrent qu'ils en imposent en affichant un immense "Ratatat" chromé sur l'écran géant. Puis, les titres s’enchaînent pendant qu'à l'écran défilent de magnifiques images psychédéliques de plein de styles différents. Passées après celles de The Shoes, leurs boucles en GIF paraissent moins originales, mais on y reconnait le second degré très hipster de Ratatat. Sur la setlist, une bonne proportion des titres est issue du dernier album Magnifique - légèrement décevant - mais le goût de la mélodie, des accords mielleux propre au groupe est bien présent. Le concert a déçu certains par une trop grande fidélité aux enregistrements studio, mais, pour moi, le plaisir d'expérimenter en live les plus belles mélodies du groupe a occulté ce ressenti.
Jungle : Nombreux sur scène, les Anglais-aux-voix-aigus de Jungle nous ont régalé de leur son groovy imparable. Leur concert a culminé avec Busy Earnin', vraie bulle de fraîcheur.
Selah Sue : La belle aux yeux clairs était déjà venu au Cabaret Vert en 2011. Cette année, elle a de nouveau traversé la frontière franco-belge pour se produire à Charleville. Nous avons eu le droit à un moment solo de chaque musicien -qui atteste de l'ambiance sympa du concert, à quelques uns des titres phares de son premier album (Peace of Mind, Raggamuffin) et avons quitté la foule en plein Together, un des titres de son décevant deuxième album, dans le but de se placer pour Rone...
Rone : Aussi excellent pour manier le beat que des ambiances planantes, Rone est l'auteur d'une electronica magique, émerveillée et merveilleuse. "Le boss c'est lui" prévenait le livret du festival. Sur scène, il fut immense. Rone nous donne l'occasion de redécouvrir des compositions qu'ils revisitent en live, souvent dans le dernier tiers. Il joue aussi des titres plus méconnus (voire inédits ?). Le spectacle lumineux est furieux et accentue les effets d'une musique déjà transcendante à la base. Rone était un des sommets annoncés de cette édition, il ne faillit pas à sa réputation. Par contre, mesdames messieurs les organisateurs : une heure de Rone, c'est trop court !
Avec également Limp Bizkit, Mr Oizo, John Butler Trio, H-F. Thiéfaine, Fakear, Puts Marie, Jurassic 5, Toy Dolls...
Le Festival Cabaret Vert, ce n'est pas que de la musique. On peut aller voir les comédiens, les acrobates et leurs spectacles aux Arts de Rue. On peut regarder des courts-métrages. Se faire dédicacer des BD. Jouer à des jeux de plateaux en attendant les concerts. Donner pour la bonne cause au village associatif. Signer une pétition au bus de l'Abbé Road. Manger de la bouffe locale (croûte ardennaise, je t'aime). Boire les bières du coin ou de plus loin. Apprécier l'absence de sponsors ou de marques. Et se promener dans la ville au charme incontestable.
Vous en connaissez beaucoup des festivals qui distribuent gratuitement de l'eau pour s'hydrater ? Le Cabaret Vert est un festival qui a encore des valeurs, qui ne n'est pas transformé en machine à sous formaté. En observant la décoration soignée du lieu, on perçoit tout l'amour qui est mis dans l'organisation de ce festival éco-responsable. Une merveilleuse parenthèse estivale.
Valou





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