Sin City : J'ai tué pour elle (Robert Rodriguez, Frank Miller)

Sorti en 2005, Sin City était un objet de cinéma passionnant. Le deuxième Sin City ne vient pas contredire ce jugement.

Quelque part, le visionnage du film est une expérience qui se savoure le petit doigt levé. L'observation rigoureuse des codes du film noir – notamment par le choix gonflé de voix-off très présentes dans la pure tradition du genre – et ses citations cinéphiles en font un film qui se déguste comme un bonbon. Sa façon de faire cohabiter le revival d'un genre assimilé aux années 40-50 avec l'utilisation so "XXI° siècle" des images de synthèse forme un contraste très intéressant, entre tradition et innovation.

Sin City 2 c'est toujours l'histoire de l'adaptation, de la transposition même, d'un roman graphique au cinéma, ce qui donne une forme magistrale avec de magnifiques expérimentations visuelles. On a la sensation de se promener dans une BD avec le degré d'immersion sensorielle propre au cinéma. De plus, la 3D apporte une dimension particulière aux images, renforçant l'hybridation entre dessin et prise de vues réelles. Toutefois, on retrouve la patte de Rodriguez, auteur de Machete, dans sa volonté de nourrir une ambition pulp et des aspirations de cinéma bis. Son souci du caméo et le cocktail strip-tease (Jessica Alba est gratuitement très sollicitée) + baston badass le prouve assez bien. Or, loin de vouloir innover visuellement à la manière d'un Zack Snyder qui pratique un cinéma tout aussi numérisé, Rodriguez s'inscrit dans une mise en scène plus classique de la violence, nourrissant donc assez peu l'intérêt des bagarres qui m'ont semblé en concentrer beaucoup.
J'ai aussi du mal à apprécier l'intrigue des prostituées, ce cross-over entre film-noir et films d'art martiaux apportant un côté WTF qui rapproche plus Sin City d'un délire dont serait justement capable Zack Snyder... Sucker Punch en est même la preuve. On peut donc difficilement éviter la comparaison avec 300 dont l'ambition d'entertainment bien plus affirmée avait fini par complètement détruire sa suite, sortie cette année avec Eva Green. Sur Sin City, son personnage draine énormément d'intérêt par son pouvoir incroyablement vénéneux et affirme l'identité de cette suite, qui n'est pas indigne du premier car très respectueuse des attentes établies par celui-ci. Il est possible de regretter cependant une cohérence temporelle laissée négligemment au placard.

Le côté divertissant que souhaite embrasser Sin City : J'ai tué pour elle est loin d'être l'aspect plus réussi. Le film nous fait osciller entre une satisfaction intense et des baisses d'intérêt successives par ses incursions dans le mainstream peu convaincantes. Toutefois, j'ai trouvé que l'alchimie du film arrivait à créer suffisamment de tension, contrairement au premier qui m'avait semblé un peu guindé dans sa volonté de référence, pour vivre les intrigues pleinement. Ou bien est-ce juste l'expérience de la salle obscure qui influe sur ce sentiment.

Sin City : J'ai tué pour elle comporte des aspects très plaisants et d'autres plus passables. Cependant il en reste une expérience plus qu'agréable, cette plongée dans ce microcosme désormais familier faisant passer de bon moments. Le visuel fascinant -plus maîtrisé dans les cascades- occulte sans difficulté une supposée baisse de niveau scénaristique avec le premier opus. Ainsi, il n'y a pas de quoi bouder cette seconde escale dans cette ville du péché si enivrante. 

Valou


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