The Double (Richard Ayoade)
Difficile de ne pas se laisser aller à comparer Enemy (la critique du film) et
The Double, deux films sortis simultanément sur les écrans
hexagonaux. Mis à part des similitudes dans l'approche du thème du
doppelgänger, notamment la présence de la mère comme clé
psychologique, les films sont radicalement différents. Là où Denis
Villeneuve ancrait son film dans une approche réaliste, recherchant
une approche plausible d'un pitch surréaliste, Richard Ayoade en
profite pour développer un univers complètement décalé. Le
réalisateur prend plaisir à confectionner un monde dystopique
visuellement sophistiqué, jouant sur une esthétique rétro qui
rappelle Brazil dans sa description de l'entreprise.
On pense aussi à Wes Anderson, ambassadeur de ce style visuellement débordant qui cultive un humour notamment basé sur des gags visuels et
sur les contre-temps. Contrairement au réalisateur de The Grand
Budapest Hotel, dont ses films échouent tous à m'émouvoir,
Richard Ayoade arrive à ce que l'émotion perce l'emballage
artificiel et un peu guindé de l'atmosphère. Le film rend très
touchant ce personnage à la solitude et à la maladresse exacerbés,
jusqu'à permettre de ressentir beaucoup de compassion pour lui. En effet, The
Double, derrière l'amusement et l'absurde, a un côté noir très
affirmé qui ne semble pas complaisant mais sincère. On perçoit une
réflexion sur le soi qui arrive à la conclusion qu'être soi-même
dépend malheureusement du regard d'autrui...
Jesse Eisenberg amène forcément une nouvelle perspective au film,
car c'était bien le seul à pouvoir incarner cette "non-personne",
à la voix constamment étouffée et aux mouvements peu assurés. On
découvre une autre face de Jesse Eisenberg, déjà observé avec
Night Moves, qui nous dévoile un jeu plus mutique que
d'habitude, lui qui excellait dans des rôles bavards aux débit de
mitraillette qui tapa justement dans l’œil de Woody Allen. Cette
énergie servait autant à incarner un nerd inquiétant dans The
Social Network, que le parfait guy next door amoureux de
Kristen Stewart dans Adventureland, à qui Jesse donne
assurément un gros plus en offrant son jeu plein de naturel.
Je trouve souvent que ce style de mise en scène sophistiqué rend hermétique à toute émotion et tension en détournant constamment
le regard du spectateur vers une forme maniérée, toutefois The
Double ne tombe pas dans ce travers. Les effets conservent leur
efficacité comique, tandis que l'émotion et l'empathie affleurent.
La montée de la tension est efficace. De plus, on est séduit par le
côté très dark et pas si innocent du film. Drôle et malin,
The Double est une expérience intéressante à défaut d'être inoubliable.
Valou
Valou



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