Scarlett Johansson : la construction d'un sex-symbol
2014 fut une année fleuve pour Scarlett Johansson. En début d'année, après avoir reçu un César d'honneur, elle était la voix qui faisait fondre Joachin Phoenix dans Her. L'absence de son corps était paradoxalement une façon de renvoyer à celui-ci, en jouant avec l'image mentale du spectateur conscient de la présence physique de cette voix sensuelle. On put ensuite l'observer dans les films pop-corn Captain America : Le Soldat de l'hiver et Lucy, ainsi que dans un registre plus radical avec Under the Skin, de Jonathan Glazer, sur lequel nous reviendrons longuement. Et son année ne s'arrête pas là car elle sera bientôt dans nos salles dans #Chef de Jon Favreau.
De quelle façon Scarlett Johansson s'est-elle hissé au top des sex-symbol de notre époque ? Nous essayerons de répondre à cette question à travers l'évolution de la façon de filmer son corps sur quelques exemples.
Actrice depuis l'enfance, son éclosion dans la profession se précipita en 2003 (en France, début 2004) avec Lost in Translation. Scarlett Johansson inspirait ainsi une vision d'elle à la fois fragile et mélancolique à travers ce personnage d'étudiante désœuvrée.
Sa façon de s'habiller assez garçonne indique un caractère réservée et plutôt cérébral, mais il est intéressant de noter comment, par petites touches, son corps est dévoilé, comme si celui-ci sommeillait et ne demandait qu'à enflammer l'écran. Cependant, ce corps est toujours filmé pudiquement comme sait le faire Sofia Coppola.
La Jeune Fille à la Perle de Peter Webber, sorti début 2004, reprend la même idée de fragilité dans l'utilisation du charme nordique de Scarlett. Toutefois, cette fois elle y est l'incarnation d'une beauté fascinante, celle-là même qui inspira Veermer.
Entre le personnage et l'actrice la frontière se confond. On peut d'ailleurs analyser la scène plus haut comme la représentation filmée de la fascination qu'on pouvait éprouver devant ce jeune visage gracieux.
Toutefois, son corps inspire aussi les films commerciaux. On peut l'observer dans The Island de Michael Bay, sorti en 2005. Scarlett incarne parfaitement un certain type de physique féminin cher à Michael Bay, dont l'esthétique est très proche du clip ou de la pub. Celle d'une blonde pulpeuse à la la silhouette ciselée, comme Rosie Huntington-Whiteley (Transformers 3) et Nicola Peltz (Transformers 4) après elle.
Le gros changement dans l'utilisation du corps de Scarlett s'opéra chez Woody Allen. En 2005 dans Match Point, la fragilité des débuts laissa place à l'assurance d'une femme fatale. La comparaison avec cet archétype du film noir n'est pas gratuite, car on retrouve les codes de présentation de la femme fatale dans l'apparition de Nola Rice : la panoplie regards langoureux, voix sensuelle et cigarette est complète.
Le thème de l'affrontement entre les deux sexes apparaît clairement, la partie de ping-pong symbolisant le jeu de la séduction auquel se prête les deux personnages.
Légère digression à cette logique avec Scoop, sorti en 2006. On retrouve Scarlett dans un personnage avec moins d'assurance, les lunettes servant à représenter pudeur et fragilité. Mais cette caractérisation est contrebalancée par un corps au pouvoir de séduction ravageur, comme c'est démontré dans la scène de la piscine où l'usage de son corps est assimilable à celui d'une sirène.
Dans Vicky Cristina Barcelona en 2008, Woody Allen oppose Scarlett Johansson, la blonde, avec Rebecca Hall, la brune, dans une logique grossièrement résumable en blonde-passion et brune-raison. L'opposition blonde/brune est un schéma assez commun dans le cinéma, dont on peut faire remonter la tradition à L'Aurore de Murnau et qu'on retrouve ensuite dans Two Lovers ou Mullholand Drive, par exemple. En plus de magnifier l'actrice, Woody Allen créé pour Scarlett Johansson un personnage de femme romantique, impulsive qui pourrait être un symbole d'hédonisme, comme le prouve le ménage à trois qu'elle entretient dans le film avec Javier Bardem et Penelope Cruz. Une flèche de plus à l'arc de Scarlett filmée en icône du plaisir.
On peut dire que Woody Allen a modelé la Scarlett à la féminité surpuissante et ravageuse que nous connaissons aujourd'hui. Un statut de sex-symbol fraîchement acquis avec lequel elle joue depuis, jusqu'à la caricature dans les publicités D&G ou Sodastream. C'est aussi précisément pour cette image que Marvel l'embaucha afin de revêtir la combinaison moulante de la Veuve Noire.
Enfin, venons en au cas Under the Skin dont vous pouvez lire la critique par ici. Dans ce film de Jonathan Glazer sorti cet été, le statut de sex-symbol de Scarlett est utilisé d'une nouvelle façon. Cette rupture avec l'image habituelle qu'elle véhicule peut être symbolisé par sa couleur de cheveux. On la connaissait blonde ou rousse, mais jamais brune de la sorte.
Dans ce film, le thème du corps occupe une place centrale. Le titre y fait référence tandis que les affiches du film ne laissent pas de place au doute. L'histoire d'Under the skin est celle d'une alien qui s'est glissé dans la peau (métaphore du métier d'actrice ?) d'une humaine et envoyée sur Terre pour capturer des hommes. Mais ce personnage va peu à peu prendre conscience de l'humanité à travers la connaissance de son corps. En quelque sorte, elle fait une initiation empirique de la condition humaine.
La découverte de son corps passe par une scène de nudité qui pourtant évite toute érotisation et glamour, ce qui est assez courageux de la part de Scarlett Johansson qui s'écarte de sa zone de confort.
Le réalisateur s'amuse à brouiller la frontière entre le corps du personnage et celui de l'actrice. En effet, Jonathan Glazer confronte son actrice à un environnement filmé guerilla-style, les passants faisant office de figurants. Finalement, pour les passants dans le film, c'est donc bien Scarlett qui se balade dans la rue à côté d'eux. Le film s'interroge donc sur le pouvoir de fascination de Scarlett Johansson : si elle vous abordait dans la rue, la suivriez-vous ? En faisant du corps l'outil de travail du personnage, Glazer s'interroge alors sur le statut de sex-symbol de l'Américaine.
Plus que ça, il s'interroge sur le concept de beauté. Dans le film, le personnage de Scarlett Johansson connait pour la première fois de l'empathie lorsqu'elle rencontre un homme au corps déformé par la maladie. Elle qui ne connait pas les canons de beauté, son comportement avec cet homme semble au départ révéler de l'attirance, comme elle le fait pour chaque homme. Finalement, la mise à l'écart qu'elle partage avec cet homme va la pousser à ressentir de la compassion pour lui. Ainsi, en confrontant un corps difforme à celui d'un sex-symbol, Glazer réalise des images riches de sens.
S'il y a bien une actrice dont le corps joue une place prépondérante dans sa filmographie sans pour autant l'empêcher d'évoluer dans plusieurs registres de cinéma, c'est bien Scarlett Johansson. La façon dont les réalisateurs utilisent son sex-appeal la rapproche des stars du cinéma classique, constamment mise en valeur. Si bien que sa carrière sera à surveiller lorsque Scarlett ne pourra plus se reposer uniquement sur son corps, elle qui n'a pas pu s'en défaire depuis son éclosion dans la profession. Under the Skin est une proposition intéressante mais elle s'inscrit tout de même dans la lignée des autres films où sa beauté n'est jamais accessoire (mis à part Lost in Translation, peut-être). Don Jon, par exemple, est une énième variation dans l'utilisation cinématographique de son corps. Seul Her échappe à la règle... par l'absence totale de représentation de son enveloppe corporelle. Espérons qu'elle puisse se détacher de ce corps, trouvant un rôle qui assiéra son talent de comédienne aux yeux de la profession (comme Black Swan pour Natalie Portman) avant que ce corps ne perde le pouvoir de fascination qui lui permet d’enchaîner les films.
En effet, si vous n'aimez pas Scarlett Johansson, 2015 sera aussi une année cinéma à fuir : elle sera à l'affiche d'Avengers 2, du Livre de la Jungle (version Disney) et d'Hail Caesar des frères Coen. Comment sera-t-elle mise en scène ? Des expérimentations en perspective ?
Valou
De quelle façon Scarlett Johansson s'est-elle hissé au top des sex-symbol de notre époque ? Nous essayerons de répondre à cette question à travers l'évolution de la façon de filmer son corps sur quelques exemples.
Actrice depuis l'enfance, son éclosion dans la profession se précipita en 2003 (en France, début 2004) avec Lost in Translation. Scarlett Johansson inspirait ainsi une vision d'elle à la fois fragile et mélancolique à travers ce personnage d'étudiante désœuvrée.Sa façon de s'habiller assez garçonne indique un caractère réservée et plutôt cérébral, mais il est intéressant de noter comment, par petites touches, son corps est dévoilé, comme si celui-ci sommeillait et ne demandait qu'à enflammer l'écran. Cependant, ce corps est toujours filmé pudiquement comme sait le faire Sofia Coppola.
La Jeune Fille à la Perle de Peter Webber, sorti début 2004, reprend la même idée de fragilité dans l'utilisation du charme nordique de Scarlett. Toutefois, cette fois elle y est l'incarnation d'une beauté fascinante, celle-là même qui inspira Veermer.
Toutefois, son corps inspire aussi les films commerciaux. On peut l'observer dans The Island de Michael Bay, sorti en 2005. Scarlett incarne parfaitement un certain type de physique féminin cher à Michael Bay, dont l'esthétique est très proche du clip ou de la pub. Celle d'une blonde pulpeuse à la la silhouette ciselée, comme Rosie Huntington-Whiteley (Transformers 3) et Nicola Peltz (Transformers 4) après elle.
Le gros changement dans l'utilisation du corps de Scarlett s'opéra chez Woody Allen. En 2005 dans Match Point, la fragilité des débuts laissa place à l'assurance d'une femme fatale. La comparaison avec cet archétype du film noir n'est pas gratuite, car on retrouve les codes de présentation de la femme fatale dans l'apparition de Nola Rice : la panoplie regards langoureux, voix sensuelle et cigarette est complète.
Le thème de l'affrontement entre les deux sexes apparaît clairement, la partie de ping-pong symbolisant le jeu de la séduction auquel se prête les deux personnages.
Légère digression à cette logique avec Scoop, sorti en 2006. On retrouve Scarlett dans un personnage avec moins d'assurance, les lunettes servant à représenter pudeur et fragilité. Mais cette caractérisation est contrebalancée par un corps au pouvoir de séduction ravageur, comme c'est démontré dans la scène de la piscine où l'usage de son corps est assimilable à celui d'une sirène.
Dans Vicky Cristina Barcelona en 2008, Woody Allen oppose Scarlett Johansson, la blonde, avec Rebecca Hall, la brune, dans une logique grossièrement résumable en blonde-passion et brune-raison. L'opposition blonde/brune est un schéma assez commun dans le cinéma, dont on peut faire remonter la tradition à L'Aurore de Murnau et qu'on retrouve ensuite dans Two Lovers ou Mullholand Drive, par exemple. En plus de magnifier l'actrice, Woody Allen créé pour Scarlett Johansson un personnage de femme romantique, impulsive qui pourrait être un symbole d'hédonisme, comme le prouve le ménage à trois qu'elle entretient dans le film avec Javier Bardem et Penelope Cruz. Une flèche de plus à l'arc de Scarlett filmée en icône du plaisir.
On peut dire que Woody Allen a modelé la Scarlett à la féminité surpuissante et ravageuse que nous connaissons aujourd'hui. Un statut de sex-symbol fraîchement acquis avec lequel elle joue depuis, jusqu'à la caricature dans les publicités D&G ou Sodastream. C'est aussi précisément pour cette image que Marvel l'embaucha afin de revêtir la combinaison moulante de la Veuve Noire.
Enfin, venons en au cas Under the Skin dont vous pouvez lire la critique par ici. Dans ce film de Jonathan Glazer sorti cet été, le statut de sex-symbol de Scarlett est utilisé d'une nouvelle façon. Cette rupture avec l'image habituelle qu'elle véhicule peut être symbolisé par sa couleur de cheveux. On la connaissait blonde ou rousse, mais jamais brune de la sorte.
Dans ce film, le thème du corps occupe une place centrale. Le titre y fait référence tandis que les affiches du film ne laissent pas de place au doute. L'histoire d'Under the skin est celle d'une alien qui s'est glissé dans la peau (métaphore du métier d'actrice ?) d'une humaine et envoyée sur Terre pour capturer des hommes. Mais ce personnage va peu à peu prendre conscience de l'humanité à travers la connaissance de son corps. En quelque sorte, elle fait une initiation empirique de la condition humaine.
La découverte de son corps passe par une scène de nudité qui pourtant évite toute érotisation et glamour, ce qui est assez courageux de la part de Scarlett Johansson qui s'écarte de sa zone de confort.
Le réalisateur s'amuse à brouiller la frontière entre le corps du personnage et celui de l'actrice. En effet, Jonathan Glazer confronte son actrice à un environnement filmé guerilla-style, les passants faisant office de figurants. Finalement, pour les passants dans le film, c'est donc bien Scarlett qui se balade dans la rue à côté d'eux. Le film s'interroge donc sur le pouvoir de fascination de Scarlett Johansson : si elle vous abordait dans la rue, la suivriez-vous ? En faisant du corps l'outil de travail du personnage, Glazer s'interroge alors sur le statut de sex-symbol de l'Américaine.
Plus que ça, il s'interroge sur le concept de beauté. Dans le film, le personnage de Scarlett Johansson connait pour la première fois de l'empathie lorsqu'elle rencontre un homme au corps déformé par la maladie. Elle qui ne connait pas les canons de beauté, son comportement avec cet homme semble au départ révéler de l'attirance, comme elle le fait pour chaque homme. Finalement, la mise à l'écart qu'elle partage avec cet homme va la pousser à ressentir de la compassion pour lui. Ainsi, en confrontant un corps difforme à celui d'un sex-symbol, Glazer réalise des images riches de sens.
S'il y a bien une actrice dont le corps joue une place prépondérante dans sa filmographie sans pour autant l'empêcher d'évoluer dans plusieurs registres de cinéma, c'est bien Scarlett Johansson. La façon dont les réalisateurs utilisent son sex-appeal la rapproche des stars du cinéma classique, constamment mise en valeur. Si bien que sa carrière sera à surveiller lorsque Scarlett ne pourra plus se reposer uniquement sur son corps, elle qui n'a pas pu s'en défaire depuis son éclosion dans la profession. Under the Skin est une proposition intéressante mais elle s'inscrit tout de même dans la lignée des autres films où sa beauté n'est jamais accessoire (mis à part Lost in Translation, peut-être). Don Jon, par exemple, est une énième variation dans l'utilisation cinématographique de son corps. Seul Her échappe à la règle... par l'absence totale de représentation de son enveloppe corporelle. Espérons qu'elle puisse se détacher de ce corps, trouvant un rôle qui assiéra son talent de comédienne aux yeux de la profession (comme Black Swan pour Natalie Portman) avant que ce corps ne perde le pouvoir de fascination qui lui permet d’enchaîner les films.
En effet, si vous n'aimez pas Scarlett Johansson, 2015 sera aussi une année cinéma à fuir : elle sera à l'affiche d'Avengers 2, du Livre de la Jungle (version Disney) et d'Hail Caesar des frères Coen. Comment sera-t-elle mise en scène ? Des expérimentations en perspective ?
Valou







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