Birdman (Alejandro González Iñárritu)

Birdman (n'oublions pas son sous-titre strangelovien qui invite au recul, à l'analyse) est un film qu'on aurait bien voulu garder pour soi, pour le conserver de l'étouffante mécanique promotionnelle des Oscar qui l'a mené jusqu'au succès, pour être jeté à la face du monde, amenant immédiatement un soupçon désapprobateur. Car, au-delà d'un film à Oscar qui a toutes les qualités de son côté, Birdman est un bon film, réalisé par un metteur en scène talentueux. Suivant un raisonnement rationnel, le film s'est affirmé à moi comme irréprochable.

Magistral sur le plan formel en réussissant la prouesse technique d'aligner des plans-séquences en donnant l'air de ne pas forcer, sans fioritures tape-à-l’œil, Birdman et sa façon de filmer donnent un sentiment d'authenticité à ce cirque du vrai et du faux. Les incursions dans le fantastique sont incluses dans les moments terre-à-terre, ce qui apporte une dimension très intéressantes à ce choix de mise en scène, qui participe à la création d'une identité formelle très prononcée. 
Sur le plan du scénario c'est une aussi brillante réussite. Les thèmes se chevauchent, allant d'un discours incisif sur le cinéma d'entertainment des années 2010 jusqu'à une réflexion sur la création artistique, en passant par un discours méta très affûté (Micheal Keaton sonnait comme une évidence). Le film dégage de la tension, grâce aux moments décisifs des représentations théâtrales ; il est drôle, malin (le scénario recèle de préparation-paiement bien sentis, la galerie de personnages est superbe) et diffuse un discours désabusé sur la condition humaine, dans la veine de ce que sait faire Inarritu. Grand directeur d'acteurs, ce dernier a une fois encore permis à son casting de se montrer excellent. Keaton en tête, il livre une prestation surprenante, en proposant des instants d'émotion très viscéraux.

Birdman a tout d'un grand film, maîtrisé jusqu'à un point ébouriffant. Cependant, il m'a manqué un investissement émotionnel pour me l'approprier, pour le considérer comme un véritable chef-d'oeuvre. Toutefois, plus le temps passe, plus ses qualités s'imposent et chassent de mon esprit ce bémol, lié à l'expérience du visionnage. La nécessité d'un second visionnage s'impose peu à peu pour mieux apprécier la densité et les innombrables qualités du dernier film d'Inarritu, qui ajoute à sa filmo un nouveau joyau cinématographique, après un Biutiful trop calorique à mes yeux. En attendant The Revenant, qui s'annonce comme un nouveau condensé d'audace...

Valou

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