Les drôles d'oiseaux de Fox Searchlight...
La comparaison a été faite dans une vidéo qui mettait en miroir des plans des deux films, des articles en ont parlé mais, poussé par l'envie de partager cette évidence, je m'empare quand même du sujet. Comme vous avez pu le deviner avec le titre et l'illustration de l'article, le sujet en question est la ressemblance troublante entre Birdman d'Inarritu et Black Swan d'Aronofsky, sorti quatre ans plus tôt (putain déjà !).
La première évidence concerne le motif de l'oiseau, qui impacte jusqu'au titre du film. A chaque fois, l'oiseau est utilisé comme symbole de libération, d'émancipation. La transformation de Nina Sayers (Natalie Portman) en cygne noir se fait par l'abandon de ses tabous (drogue, sexe) et par le rejet du pouvoir que sa mère a sur elle. Dans Birdman, bien que l'oiseau fasse référence à un passé dont Riggan voudrait bien se séparer, le motif de l'oiseau permet à Riggan Thompson (Michael Keaton) un moment suspendu, où il flotte, complètement libre; un moment d'extase au dessus de Broadway.
Ainsi, c'est mâtiné
d'ornithologie que le fantastique se mêle au film. Les deux films prennent le même plaisir à plonger leur protagoniste dans le fantastique (super-pouvoirs, mutations...), en brouillant les frontières entre fantasme et réalité. En effet, ils désactivent chacun l'argument irrationnel par des retours à la réalité successifs. Parmi les incursions dans le fantastique, on trouve le motif du double sombre, incarnant le côté pulsionnel et sauvage du personnage. Birdman incarne le double sombre de Riggan, caractérisé par la voix caverneuse qui résonne dans sa tête, alors que Nina, cygne blanc, se transforme au sens propre comme au figuré en cygne noir. Mais l'opposition avec le personnage de Lily, son contraire sur bien des points, prend aussi cette dimension de doppelgänger.

L'arrivée d'un personnage aussi intrépide que doué -à tel point qu'il devient rival- est une constance dans les deux films. Edward Norton et Mila Kunis jouent chacun un artiste au talent facile. She's not faking it, dit Thomas/Vincent Cassel en parlant de Lily. Pour Mike/Edward Norton c'est presque une maxime : il n'y a que sur scène qu'il ne triche pas.
Il a aussi bien sûr le thème de l'art vivant new-yorkais. Que ce soit la danse ou le théâtre, l'art est filmé comme une performance totale, un acte viscéral qui transcende, réécrit l'artiste. Il n'y a pas de place pour faire semblant, et c'est peut-être ce qui séduit la profession : l'engagement radical, sans retenue dans l'art -qui rappelle les fondements de l'Actor's Studio- apporte une finalité rédemptrice au cauchemar vécu par les personnages. Cette performance vraie, réalisée sans artifices, où acteurs et personnages se confondent, trouve place pour chacun des films dans le climax, constitué par l'opening night de la pièce, et se finit par la "mort" du protagoniste.
En effet, les deux films aiment jouer sur la porosité entre réalité et fiction : on trouve la même façon de lier la fiction jouée dans la diégèse avec la vie des personnages. Dans le cas de Black Swan c'est avec Le Lac des Cygnes – jusqu'à rebaptiser dans le générique les personnages du film avec les noms des personnages de la pièce, tandis que Riggan devient le personnage qu'il interprète dans la pièce de Raymond Carver... jusqu'à vouloir mourir lui-aussi.
Cette barrière entre réalité et fiction est aussi brisée au niveau plus haut quand les acteurs incarnent des personnages qui leur ressemblent. On a toujours collé sur Natalie Portman -qui s'est fait connaitre comme enfant-actrice- l'étiquette d'une fille sage, dont elle aurait ensuite aimé se débarrasser avec des rôles demandant un engagement vérifiable à l'écran comme Closer et V pour Vendetta. Le parcours de Nina ressemblerait donc au sien : quitter sa zone de confort douillette et girly pour révéler son talent en prenant des risques, en libérant la part insoupçonnée de ses aptitudes. Il faut aussi préciser que Winona Ryder incarnait le rôle de Beth, étoile sur le déclin, elle qui avait tant scintillé dans les années 90. L'actrice d'Edward aux mains d'argent faisait immédiatement référence à un passé glorieux pour un effet d'intertextualité immédiat.
Néanmoins l'effet semble quand même moins évident que pour Riggan/Michael, pour lequel un rôle de super-héros apporta une gloire maintenant passée et qui se refait un nom, désormais acclamé et respecté par tous pour ses talents d'artiste. Le reflet est déroutant.

L'arrivée d'un personnage aussi intrépide que doué -à tel point qu'il devient rival- est une constance dans les deux films. Edward Norton et Mila Kunis jouent chacun un artiste au talent facile. She's not faking it, dit Thomas/Vincent Cassel en parlant de Lily. Pour Mike/Edward Norton c'est presque une maxime : il n'y a que sur scène qu'il ne triche pas.
Il a aussi bien sûr le thème de l'art vivant new-yorkais. Que ce soit la danse ou le théâtre, l'art est filmé comme une performance totale, un acte viscéral qui transcende, réécrit l'artiste. Il n'y a pas de place pour faire semblant, et c'est peut-être ce qui séduit la profession : l'engagement radical, sans retenue dans l'art -qui rappelle les fondements de l'Actor's Studio- apporte une finalité rédemptrice au cauchemar vécu par les personnages. Cette performance vraie, réalisée sans artifices, où acteurs et personnages se confondent, trouve place pour chacun des films dans le climax, constitué par l'opening night de la pièce, et se finit par la "mort" du protagoniste.
En effet, les deux films aiment jouer sur la porosité entre réalité et fiction : on trouve la même façon de lier la fiction jouée dans la diégèse avec la vie des personnages. Dans le cas de Black Swan c'est avec Le Lac des Cygnes – jusqu'à rebaptiser dans le générique les personnages du film avec les noms des personnages de la pièce, tandis que Riggan devient le personnage qu'il interprète dans la pièce de Raymond Carver... jusqu'à vouloir mourir lui-aussi.
Cette barrière entre réalité et fiction est aussi brisée au niveau plus haut quand les acteurs incarnent des personnages qui leur ressemblent. On a toujours collé sur Natalie Portman -qui s'est fait connaitre comme enfant-actrice- l'étiquette d'une fille sage, dont elle aurait ensuite aimé se débarrasser avec des rôles demandant un engagement vérifiable à l'écran comme Closer et V pour Vendetta. Le parcours de Nina ressemblerait donc au sien : quitter sa zone de confort douillette et girly pour révéler son talent en prenant des risques, en libérant la part insoupçonnée de ses aptitudes. Il faut aussi préciser que Winona Ryder incarnait le rôle de Beth, étoile sur le déclin, elle qui avait tant scintillé dans les années 90. L'actrice d'Edward aux mains d'argent faisait immédiatement référence à un passé glorieux pour un effet d'intertextualité immédiat.
Néanmoins l'effet semble quand même moins évident que pour Riggan/Michael, pour lequel un rôle de super-héros apporta une gloire maintenant passée et qui se refait un nom, désormais acclamé et respecté par tous pour ses talents d'artiste. Le reflet est déroutant.
Enfin, quittons la matière filmique pour un point commun plus factuel : Fox Searchlight. Ce studio, branche "indé" de la Fox, a produit les deux films. Placé dans une optique
complotiste, on pourrait se mettre à douter sur la sincérité artistique
du projet Birdman, aux multiples ressemblances avec un film devenu un
hit au box-office. A moins qu'il ne s'agisse que d'une coïncidence
artistique. Black Swan étant encore un film tout frais, sa légitimité artistique restant à construire, je doute que Birdman s'en soit inspiré. L'esprit de deux réalisateurs se seraient-ils télescopés ?
A vous de juger...
Valou
A vous de juger...
Valou



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