Mad Max - Fury Road (George Miller)

Il y a deux ans la sortie de Gravity virait au phénomène. Cette année, c'est au tour de Mad Max – Fury Road de revêtir le même profil de film-concept à l'ambition foraine et de profiter d'un hype critique incroyable. Il faut le concéder, sur le papier, Fury Road est une perle rare qu'on a envie de choyer. Projet hors norme porté avec sincérité et ambition – quand, dans la catégorie blockbuster, ces deux valeurs se font rares – par le père de la saga, Mad Max 4 a rencontré une production chaotique, ajoutant du charme à l'entreprise. La folie infusée jusque dans ses tripes, Fury Road est une proposition de cinéma dingue se focalisant sur l'essence même du 7° art, le mouvement, à travers un condensé d'action.

Sur l'écran, le road trip est complété par la création d'une mythologie impressionnante. George Miller revisite l'univers de Mad Max, maintenant mâtiné d'une imagerie fantasy, sans pour autant tenir le spectateur par la main : on est plongé tout entier dans un univers aux codes inconnus qui a tout pour être consacré parmi les mondes fictionnels les plus créatifs. En plus de pouvoir se reposer sur un monde exubérant à la frontière du cartoon, Mad Max peut compter sur un souci de mise en scène qui nous ramène à la période où les films d'action étaient réalisés par des John McTiernan, James Cameron etc... Certains plans impressionnent techniquement, la beauté graphique est au rendez-vous et l'action se regarde toujours sans ennui même si certains moments perdent en lisibilité (la 3D est en partie responsable, je pense).
Ce nouveau Mad Max fait aussi parler de lui pour ses attraits féministes. Faisant bien plus que créer une héroïne badass -qui ne garantit pas nécessairement un contenu subversif- le film s'articule autour du thème de l'émancipation des femmes face à l'oppression masculine. Furiosa est celle qui conduit le récit : elle est, en filigrane, la vraie héroïne du film, alors que Mad Max est fait prisonnier pendant une partie de l'intrigue. Dans la peau du Road Warrior, Tom Hardy est expressif malgré ses mâchoires serrées et prouve, après Des Hommes sans loi, qu'il est passé maître dans l'art de pousser des grognements. 

Fury Road c'est tout ça. Des qualités à revendre, du fond, des paris payants... Mais, installé dans mon fauteuil, la recette m'a semblé incomplète. En effet, le film a les limites de ses ambitions. A force de miser sur l'action, on manque d'implication émotionnelle : quelques scènes dialoguées ne suffisent pas à donner suffisamment d'épaisseur aux personnages. Et les tentatives de développement psychologique consacrées à Max tiennent plus d'un gimmick horrifique. Furiosa se distingue du lot en ayant droit au climax émotionnel du film, une des ses scènes les plus réussies. Hormis cette scène et une poignée de moments qui nous vissent au siège, le film se traverse sans plaisir viscéral ni implication passionnée. Quand le cinéphile est comblé, le spectateur assoiffé de sensations reste un peu sur sa faim...

Les attentes étaient placées très haut et Mad Max - Fury Road est bien un film fou, ba-rock, un fantasme de badassitude... mais il lui manque du cœur pour dépasser son statut d'expérience cinématographique. Comme un bolide rutilant parfaitement opérationnel sur lequel on n'arriverait pas à passer l'ultime vitesse...

Valou

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Commentaires

  1. Le film n'est certes pas parfait, mais Miller réussit un retour en force. Pour une franchise vieille de plus de 35 ans, elle se porte plutôt bien et au-dessus de beaucoup de blockbusters actuels.

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