Shaun le Mouton - Le Film (Mark Burton & Richard Starzack)

Chez MTXOS, 2015 ne pourra plus être une année comme les autres. En effet, la sortie d'un nouveau film en stop-motion d'Aardman a une saveur toute particulière pour ceux qui ont été bercé par les aventures de Wallace et Gromit et qui ont fait de Chicken Run un film de chevet aux répliques cultes. Aardman a presque pris une dimension sacrée, vénéré comme le créateur de certains souvenirs embaumés par la nostalgie d'un temps révolu. Salivant d'impatience à l'idée de savourer un nouveau délire Aardman - il faut l'avouer, un film d'évasion avec des poules et une histoire de lapin-garou sont chacun des trips incroyables ; Allous et moi nous installâmes parmi une mare de charmantes têtes blondes et de parents, comme échappés d'une tranche d'âge intermédiaire. Mais trêve d'introduction et revenons à nos moutons.

Pour prendre la relève des Pirates ! sortis il y a trois ans, le studio britannique n'a pas pris de très gros risques, préférant adapter en long-métrage une série - elle-même déjà spin-off de Wallace et Gromit : Rasé de près - au lieu d'inventer une nouvelle aventure de toute pièces. Est-ce pour autant un film dispensable ? Que nenni !

Dès la scène d'intro démente, les réalisateurs affichent le niveau : décalé, animé avec soin (l'animation humaine atteint parfois un niveau de réalisme troublant) et surtout très drôle, Shaun le Mouton est un film que vos enfants méritent. S'il va jusqu'à citer certaines œuvres (Breaking Bad, Le Silence des Agneaux), Shaun s'amuse à détourner les codes ciné-série, des films de gangsters aux séries policières, et offre donc des scènes complètement perchées. Certains passages ne sont pas sans rappeler des scènes d'autres productions Aardman (Souris City, mais surtout Chicken Run auquel on pense souvent), créant un savoureux effet d'intertextualité -souhaité ou non- pour les fans de la première heure, tout en prouvant un relatif besoin de renouvellement.
Toutefois, Shaun le mouton ne risque pas de contenir des répliques prononcées par la voix unique de Depardieu : le film n'est pas parlant. Cette esthétique burlesque amène immanquablement à une simplification des enjeux de l'intrigue. On peut regretter cette approche plus simplette, plus accessible - Shaun et sa structure cyclique hérité du format sériel est en cela bien plus innocent que Chicken Run – mais aussi célébrer la démarche artistique à la Tati, proposant un recours au vococentrisme du cinéma moderne. Toujours est-il que le film s'adresse à tous les publics, du moment qu'il sait lire : une belle réussite !

La confrontation au décor urbain est un ressort essoré mais, honnêtement, c'est surtout pour le crépitement d'humour qui traverse tout le film que ce dernier vaut le détour. Avant que la sensation ne se dilue dans la deuxième partie – sans doute à cause de l’accommodation du spectateur - ce délicieux déferlement d'humour nous comble d'une joie totale. De la scène d'intro au générique de fin en passant par un running-gag très... statique, on rit de bon cœur.

Ainsi, des rires et des phrases d'enfants pleins les oreilles, nous sortîmes de la salle avec déjà l'envie de revoir ce petit joyau d'animation, vrai concentré de trouvailles, non sans défauts, mais plein de charme et d'énergie. 

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