Tripoteca Festival - Récit d'une expérience euphorisante

Le public est jeune, nombreux et l'ambiance bon enfant, comme si on s'était rendu au cinéma après une manif' étudiante. Le fond de la salle, au vu des éclats de rire et des yeux de certains, a pris le thème très à cœur. L'ouverture d'esprit et la décontraction environnante -ma voisine de rangée distribue des fraises Tagada- mettent en condition pour apprécier pleinement le spectacle. Celui-ci est illustré, dans les dépliants par la phrase « sculptez votre esprit pour grandir vos âmes » qui informe bien de l'ambition de l'événement...

L’événement en question c'est le festival itinérant Tripoteca qui se présente comme « festival international de films et d'arts psychédéliques ». Accueilli à Toulouse, à deux pas du Capitole, le 10 et 12 février, le festival proposait, pendant deux soirées, une « performance audiovisuelle » - à savoir un concert accompagné d'un spectacle visuel sur écran – ainsi que deux sessions de courts-métrages entrecoupées d'un entracte. 

A défaut d'être sûr d'avoir correctement rempli l'injonction rédigée sur les dépliants, je sais au moins que cette rencontre avec le cinéma expérimental aura été riche en émotions. J'ai quitté le festival avec le souvenir confus d'avoir vécu pendant quelques instants des moments de jubilation esthétique intense. Une sensation déjà vague d'avoir été saisi par ce nectar de cinéma qui m'a fait frétiller les neurones. Radicaux parfois jusqu'à mettre au défi notre bonne vieille persistance rétinienne, bourrés de créativité, rythmés par une musique souvent emphatique, les courts-métrages se sont enchaînés et certains ont réussi à atteindre la dimension transcendantale à laquelle ils prétendent tous. Toutefois, ma principale réserve tient du fait que la consommation boulimique de ce genre de cinéma nuit à son appréciation. A l'instar d'un musée qui dilue progressivement l'effet de ses œuvres à cause de l’accommodation du visiteur, le festival condamne ses films à être considérés parmi un monticule esthétique de plus en plus indiscernable pour le spectateur.
Parti en quête du Beau, le cinéma expérimental bouillonne de concepts, d'idées graphiques, que nous retrouvons seulement évoquées, diffuses, dans le cinéma traditionnel. Le format court, autorisant un travail quasi-exclusif sur la forme, jusqu'à l'abstraction pure, donne au genre des allures de poésie audiovisuelle. Ce condensé formel produit un régal autant esthétique que technique. A l'avant-garde de cette dernière, le cinéma expérimental peut proposer des images sidérantes : j'ai été étonné du paroxysme mimétique atteint dans la modélisation 3D. Les images numériques peuvent désormais être confondantes de réalisme, grâce notamment à une maîtrise atteinte dans la reproduction d'effets optiques (focus, reflets...) apportant un sentiment de vrai absolument déroutant.

Malgré tout le plaisir apporté par la sélection de courts-métrages, le moment que je retiendrai comme le plus grand ravissement sensoriel du festival aura été musical. Le concert de jeudi est arrivé à me faire fondre de plaisir en même temps qu'il m'a fait frôlé l'implosion des tympans. Neuf membres composaient alors la formation de post-rock toulousain, Messy Mess Orchestra: un DJ, un violoncelliste, un batteur et... 6 guitares/basse. Avec une identité musicale proche de Mogwai, le groupe enchaîna deux lentes montées, passant par deux fois -et sans interruption- d'un son planant et éthéré à un violent déchaînement saturé. C'est long, répétitif, sec, énervé, bref radical et parfaitement jubilatoire quand une guitare vient hurler par dessus un furieux arrière-plan musical... malgré un niveau proche du seuil de douleur. Pour rajouter une couche au plaisir du spectacle, la vue d'un des guitaristes à la silhouette androgyne me dérouta : son corps effilé, couvert par un T-shirt trop court, et sa crête hérissé lui donnait l'allure d'Ellis Jackson, chanteuse de La Roux. En précisant que certains titres de ce duo -devenu projet solo- de synthpop accompagne chacune de mes journées depuis cet été, l'importance de ce détail prendra tout son sens. 

Maelström de beauté graphique, le festival produit un résultat euphorisant. Pouvant aussi bien réjouir les amateurs de cinéma et de musique, Tripoteca est une expérience recommandée chaudement. Si, par chance, Tripoteca pose ses valises à côté de chez vous, ne le ratez pas. 

Valou

Commentaires

Articles les plus consultés