Le compte-rendu du 18ème Indépendance(s) et Création (Festival d'Auch - Part 2)

Comme chaque année, le Ciné 32 d'Auch organise sur quatre jours entiers le festival Indépendance(s) et Création. L'occasion de voir la crème du cinéma international en avant-première (on retrouve une bonne partie de la sélection cannoise) et de voir débouler des cinéastes venus accompagner leur films. Cette année, sont venus Robert Guédiguian et Ariane Ascaride, Joachim Lafosse, Valérie Donzelli, Lucile Hadzihalilovic (interview par ici), la productrice Sylvie Pialat, j'en passe et des meilleurs... Dans une ambiance des plus chaleureuses s’enchaînent les films dans les salles ultra-confort du complexe. Voici les films que j'ai pu voir durant cette 18° édition.

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La Peau de Bax : Un pitch simple (un tueur à gages doit liquider une cible) qui se frotte à la loi de Murphy pour un résultat qui carbure au comique vicieux et à l'ironie. Par son implacable efficacité et sa drôlerie, La Peau de Bax, film hollandais du réal' de Borgman, est le film parfait pour être découvert en festival.
En salles le 18 novembre 


Plus fort que les bombes : Après avoir traité du thème de la solitude dans son bouleversant Oslo 31 Août, Joachim Trier émigre aux États-Unis pour développer le thème de la famille. En résulte un film – encore une fois – très sensible qui arrive à procurer des bouffées d'émotion grâce à la justesse des personnages, avec lesquels on entre si facilement en communion. Que ce soit de l'adolescent renfermé ou du père désemparé (Gabriel Byrne), il naît un troublant effet d'identification. Le film arrive à l'émotion avec des procédés plus baroques (différents points de vue, montages en voix-off, temporalité éclatée) que sur le sobre Oslo 31 Août, si bien que la question de la nécessité de ces effets peut se poser.
Plus fort que les bombes ressemble également à un film ultime sur le métier de reporter de guerre pour la façon qu'il a de traiter en profondeur les conséquences de ce travail au travers du personnage d'Isabelle Huppert. Avec son nouveau film, Joachim Trier confirme une sensibilité de poète qui touche au plus profond.
En salles le 9 décembre

Dope : Prix du public à Deauville, Dope s'annonce comme le phénomène indé US de la fin d'année. Il faut dire qu'il semble complètement calé sur son époque avec une esthétique des plus swagg, un ancrage 2.0 et un esprit revival 90's. La présence de l'über-mainstream Pharrel Williams à la B.O laisse pourtant craindre quant à la sincérité artistique du projet. La question se pose également pendant le film tant les allusions à la culture internet tiennent du gimmick. Certes, le film se laisse voir facilement et devrait ravir Konbini et les lycéens mais les multiples effets du film (musique omniprésente, retours en arrière...) semblent gratuits et futiles. La transparence de la mise en scène et les personnages féminins à faire hurler finissent de réduire considérablement l'estime pour ce film aux bonnes intentions mais mené sans talent.
En salles le 4 novembre

Mekong Stories : Ce film évoque la politique de stérilisation menée au Vietnam à travers la chronique d'une bande de jeunes sans le sou et désœuvrée. Le film à l'attention naturaliste n'oublie pas de laisser de la place à l'humour au travers de personnages attachants. L'érotisme constitue le fil rouge du film dans lequel on retrouve les sons de cordes pincées de Chapelier Fou, chargé de la musique. En bref, un film maîtrisé qui emporte l'adhésion.
En salles le 1° décembre

This is my land : Ce documentaire s'intéresse à la façon dont est enseigné le conflit israélo-palestinien dans les deux camps. En faisant l'étude de cas particuliers, la réalisatrice récolte de multiples points de vue qui permettent de se rapprocher le plus de la vérité du conflit. Bien que le film soit formellement maladroit, il ne reste pas en surface et se montre fascinant en posant des interrogations diverses. Un documentaire indispensable sur le conflit.
Sans date de sortie. Malheureusement.
Shu Qi dans The Assassin
The Assassin : Un magnifique prologue en noir et blanc, des changements de ratio, des couleurs saturées... La mise en scène est conceptuelle, majestueuse et propose de sublimes images, dont quelques unes sont à ranger parmi les plus belles du cinéma. Mais aimer ou non The Assassin dépendra de sa propension à renouveler son émerveillement sur la durée. En effet, The Assassin fait preuve d'un rythme léthargique. J'ai personnellement laissé vagabonder mon esprit, au point de perdre le fil narratif, pour me laisser simplement happer par les images à la beauté magnétique. En effet, The Assassin est le film contemplatif ultime – du style « c'est chiant mais que c'est beau » - au point de faire de ses plans des tableaux animés. L'ouverture d'esprit que nécessite ce genre de festival est une des conditions maîtresses qui permet de goûter à ce genre d'expérience, qui peut s'avérer désagréable dans un autre contexte de visionnage.
En salles le 9 mars 2016

An : Le nouveau film de Naomi Kawase raconte une histoire simple, celle de la rencontre entre un pâtissier un peu triste avec une vieille femme pleine de vie. Bien que An soit une étude de caractère comme on en a déjà vu, le résultat se révèle chaleureux et plein de sincérité. Kirin Kiki – qui joue la vieille femme, lunaire voire un peu fofolle – est fantastique. Malheureusement, le film prend trop de temps pour se conclure et prend un virage un peu niais. Néanmoins, un film attachant de simplicité.
En salles le 27 janvier 2016

Les Anarchistes : Réunir Tahar Rahim et Adèle Exarchopoulos dans le même film, c'était faire se rencontrer deux des plus grosses révélations de ces dernières années. Or, Elie Wajeman n'est ni Jacques Audiard ni Abdellatif Kechiche. Et ça se sent dès la première scène, où le manque de direction d'acteur nous démange. Dans la suite du film, de nombreuses répliques sonnent tellement faux qu'elles font rouler des yeux..
De plus, le film a un côté cheap très dérangeant : souvent sous-exposée, l'image se couvre parfois d'un filtre bleu assez laid. L'académisme de la mise en scène ne rattrape rien. Quant au traitement de l'histoire, on regrette que le film ne fasse pas état du dilemme moral qu'est supposé traverser le protagoniste.
Il faut néanmoins relever que le film fait preuve d'un engagement louable, car on perçoit bien la portée que le cinéaste veut donner aux idées qui sont à l'image. Les bonnes intentions ne sauvent malheureusement pas le film...
En salles le 11 novembre

Evolution : Aidée par de magnifiques images, Lucile Hadzihalilovic réalise un film d'atmosphère d'inspiration fantastique. Le récit est entouré d'un voile de mystère, en partie par son côté très peu bavard, car Evolution se présente avant tout comme une expérience sensorielle, (d'où le lien que la réalisatrice fait avec Eraserhead – voir l'interview). Cette expérience prend volontairement un parfum malsain par le fait qu'elle triture le corps humain et par les relents pédophiles de certaines scènes. D'un point de vue formel, le film est très réussi et arrive à captiver la rétine. Cependant, il laissera sur le côté les spectateurs qui ont besoin d'une narration plus affirmée.
En salles le 16 mars 2016

Marguerite et Julien : En 2011, Valérie Donzelli avait fait palpiter d'émotions avec La Guerre est déclarée, récit pudique mais bariolé sur la maladie d'un enfant. Avec le ratage de son troisième film, Main dans la main, son cinéma était sous le coup d'un ultimatum. La sélection officielle à Cannes de Marguerite et Julien faisait donc pressentir le retour de Donzelli. Ce n'est pas aussi facile de l'affirmer.
Son nouveau film est certes plus intéressant que Main dans la main, faisant preuve de beaucoup d'idées, mais la maladresse de son cinéma est toujours flagrante. Donzelli arrive à rafraîchir son histoire de couple maudit par son style, mais la naïveté de celui-ci rend l'investissement du spectateur compliqué. On croit assez peu à ce cinéma qui se donne à voir, qui se montre jusque dans le placement d'anachronismes. Le vrai problème du film réside dans le script qui traite le thème de l'inceste de manière tout à fait superficielle. Il y a du bon dans Marguerite et Julien : de bonnes idées de mise en scène, la grâce d'Anaïs Demoustier, de la bonne musique... Le verre est donc à moitié vide ou à moitié plein, c'est selon.
En salles le 2 décembre

Vincent Lindon dans Les Chevaliers Blancs
Les Chevaliers Blancs : Inspiré par l'affaire de l'Arche de Zoé, Joachim Lafosse signe un film intense, puissant grâce notamment au jeu transparent des acteurs, Vincent Lindon en tête. Se présentant comme un film sec, dépouillé, il donne à réfléchir sur de nombreux points : le néo-colonialisme, la vile nature de l'Homme mais surtout sur le Mal fait au nom du Bien. La façon d'évoquer ces questions est faite de manière très subtile, par des détails à relever dans les répliques par exemple. En cela, le réalisateur s'en remet au jugement, à l'interprétation du spectateur qui peut très bien traverser le film sans désapprouver l'action de ces hommes et femmes engagés dans une optique humanitaire. Si la qualité d'un film se juge aux questions qu'il soulève chez le spectateur, alors Les Chevaliers blancs est un très bon film. 
En salles le 20 janvier 2016

Valou

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