Interview : Lucile Hadzihalilovic (Festival d'Auch - Part 1)
A l'occasion du festival Indépendance(s) et Création qui se déroule au Ciné 32 de Auch, MTXOS a eu la chance de rencontrer Lucile Hadzihalilovic, rare cinéaste française à faire des films de genre. Elle est venue présenter son deuxième long-métrage Evolution. Le film sort plus de dix ans après son premier, Innocence avec Marion Cotillard et Hélène de Fougerolles. Son dernier film est passé par les festivals de Toronto et de San Sebastian où le film reçut deux prix majeurs. Il s'apprête à être diffusé à Londres.
Lucile Hadzihalilovic a collaboré avec Gaspar Noé en tant que monteuse et productrice. Elle est également son épouse.
Voici une version courte de l'entretien que vous pouvez retrouvez en intégralité par ici.
L'avis sur le film - et ceux des autres films vus à Auch - est par là.
L'avis sur le film - et ceux des autres films vus à Auch - est par là.
MTXOS : Fantastique,
science-fiction, film d'horreur... Sur internet, on retrouve ces mots
pour qualifier votre film. Quelle est votre définition ?
Lucille Hadzihalilovic : Je
dirai que c'est un peu un conte d'horreur. Après c'est un film qui
joue avec les genres. Effectivement il y a des éléments de
science-fiction, d'horreur ou de fantastique -suivant l'explication
qui va- mais c'est un mélange : c'est presque plus une ambiance
de ça que vraiment un film de genre classique.
Quelles
influences ont forgé ce film ?
C'est
l'histoire d'un enfant de 11 ans et à cet âge j'ai lu beaucoup de
livres de science-fiction, des histoires fantastiques, Lovecraft...
et comme je racontais une histoire d'un enfant de cet âge, ça m'est
venu naturellement de mettre un peu ces mondes-là dans le film. Donc
c'est des influences non pas précises mais générales. Je n'ai pas
pensé à un film en particulier - et ce film est très très
différent du mien - mais Eraserhead de Lynch qui est un film
qui m'a énormément marqué a sans doute quelque chose à voir avec
mon film.
Vous
pratiquez un cinéma de genre alors qu'en France ce n'est pas monnaie
courante...
C'est
pas un goût très majoritaire en France, encore que peut-être le
fantastique ou l'horreur -l'horreur un peu plus, la science-fiction y
a très très peu de choses. Je pense qu'en France, de manière
générale, on a un problème avec ce qui est métaphorique. Que ce
soit même d'ailleurs dans la littérature, c'est pas quelque chose
qui est très culturellement français. Donc effectivement c'est pas
si facile de monter des films comme ça. Surtout quand il ne sont pas
classiquement dans le genre, là c'est plus un cinéma de
l'imaginaire qu'un cinéma de genre.
En
France, vous pensez qu'on ne considère toujours pas le genre comme
pouvant être « sérieux » ?
Ah
oui bien sûr. Tout à fait. Que c'est pour les ados qui veulent se
faire des frayeurs.
En
quoi c'est important de présenter son film en festival ?
Les
gens vous font voir des choses dans votre film dont on a pas
totalement conscience. Et puis de toute manière, faire des films
c'est un désir de communication même si d'une certaine manière on
les fait pour soi. Une fois faits pour soi, on a envie de partager ce
soi avec les autres et d'avoir un échange avec les gens.
Les
festivals c'est très important pour les films plus atypiques, moins
visibles d'emblée. Les festivals permettent aussi qu'il y ait des
débats, que les gens en parlent, c'est plus difficile de le faire
sur une sortie classique. Ça crée un bouche-à-oreilles, ça crée
une énergie autour du film qui est vraiment importante. Tout les
festivals n'arrivent pas à faire ça. Ici j'ai été
particulièrement touchée : la projection a été super, la
salle était pleine et les gens ont vraiment réagi au film. C'est
très précieux avant que le film ne sorte complètement et soit
lâché dans la nature.
On
trouve dans votre film Roxanne Duran, une jeune actrice qui monte...
Surtout après le succès de La Famille Bélier...
J'espère
pour elle qu'elle aura de plus en plus de rôles et des rôles
importants. C'est un immense plaisir pour moi de tourner avec
elle. Je pense pas à elle comme une actrice – bien qu'elle le soit
vraiment – je pense à elle comme à une personne. Pour moi c'est
des gens que j'ai envie de filmer. Roxanne elle a beaucoup de
charisme. Et elle a une personnalité avec plein de facettes et
j'espère voir ces différentes facettes au cinéma, j'espère
qu'elle aura des rôles importants. Elle est vraiment étonnante et
touchante. Je l'aime beaucoup.
Je
sais pas si ça peut avoir un impact commercial parce que, des fois,
même des films qui ont eu des prix à Cannes ne marchent pas après.
Mais oui c'est forcément une reconnaissance personnelle. On se dit
que – après on sait jamais les détails, mais en tout cas, des
gens ont assez aimé le film pour avoir envie de lui donner un prix
donc ça fait plaisir, ça rassure. Ce qui est génial c'est que ça
arrive très tôt dans la carrière du film puisque que c'était un
des premiers festivals. On se dit "bon voilà, je suis rassuré" maintenant les gens peuvent en parler - en bien ou en mal, c'est
aussi comme ça. Je suis content pour Manu Dacosse – le chef
opérateur – parce qu'il est très doué, il est très bon et donc
ça me fait très plaisir qu'il ait eu un prix pour l'image.
Le
film a donc été récompensé pour ses images, mais votre film
explore également beaucoup le son...
Dans
ce film le son devrait exprimer le côté intérieur, le côté
mental, les émotions. Donc on a essayé de construire un univers en
soi avec le son, quelque chose qui ne soit pas des effets mais en
même temps qui prenne le spectateur. Le cinéma c'est de l'image et
du son... des fois c'est muet mais l'absence de son est très forte
aussi, enfin bref.
L'année
cinéma se termine. Y a t-il des films qui vont marqué en 2015 ?
Ce
matin j'ai vu le film de Rithy Panh, L'Image
Manquante. Un
film bouleversant, extraordinaire comme objet cinématographique.
Mais je ne crois pas qu'il soit déjà sorti. Sinon il y a un film
extraordinaire que j'ai vu cette année c'est le film d'Apichatpong
Weerasethakul, Cemetery
of Splendour.
C'est juste une merveille absolue. Un autre film que j'ai beaucoup
aimé - et que sans doute beaucoup moins de gens ont vu ou vont voir
en France - c'est Le
Duc de Bourgogne
[The
Duke of Burgundy],
un film anglais de Peter
Strickland
qui est un film qui joue un peu sur le genre. On pourrait dire que
c'est un film plutôt fantastique mais c'est en fait une histoire sur
le couple mais racontée d'une manière fantasmagorique. Je me sens
très proche de ce réalisateur, c'est comme un cousin pour moi.
Je
voulais vous parler de Love. Le Conseil d’État a validé il
y a peu l'interdiction aux moins de 18 ans. Quel est votre avis sur
la question ?
Y
a un truc qui est quand même bizarre... Enfin, je me demande à quoi
sert la commission de classification aujourd'hui. Ça n'a pas
beaucoup de sens, on a l'impression qu'il y a quelque chose
d'incohérent : d'un côté, demander à une commission de faire
son travail -et ils l'ont doublement fait parce qu'ils ont vu le film
deux fois, réfléchi à la question deux fois- et d'un autre côté,
que quelqu'un puisse venir déposer plainte pour que finalement le
Conseil d’État désavoue la commission, qui est nommé par ailleurs
par l'état lui-même. Je trouve qu'il y a une grosse contradiction
là dedans ; c'est ça qui est pour moi le plus surprenant.
Après que le film soit interdit aux moins de 18 ans, je trouve ça
étrange mais c'est encore un autre débat. Mais je trouve la
démarche, la façon de procéder pas très démocratique.
Vous
n'êtes pas une artiste consensuelle chez la critique. Se sent-on
flatté ou vexé par ça ?
(Silence) Je sais pas, ni l'un ni l'autre. Ce serait peut-être mentir de dire
que ça me flatte jamais et que ça ne blesse jamais. Après ce qui
est super excitant c'est quand quelqu'un comprend bien son film –
mais ça peut être un spectateur ou un critique. Je sais que sur mes
films ça a été toujours des films assez confidentiels et avec des
gens très partagés donc je suis habitué à ça et je me dis que
c'est normal. Je ne dis pas du tout que je veux faire consensus avec
mes films. Par contre ça me touche beaucoup, ça me satisfait et ça
me rassure que des gens comprennent bien le film.
Pour
finir, saviez-vous que sur Allociné on vous prête la réalisation
d'un documentaire, Me, My Gipsy Family and Woody Allen de Laura Halilovic ?
Ah
oui j'ai vu ça. Parfois c'est
n'importe quoi. Et les trucs de IMDb c'est n'importe quoi aussi.
C'est rigolo, je sais pas du tout ce que c'est le film, mais j'ai vu
une fois ça et je me suis dit "c'est qui ?" et puis j'ai vu qu'elle
avait presque le même nom. Je me souvenais pas qu'elle s'appelait que
Halilovic mais c'est à cause de cette homonymie. Comme quoi il faut
parfois se méfier de ce qui est écrit sur internet.
Entretien réalisé par Valou. N'hésitez pas à donner votre avis.
Les photos prises au festival appartiennent à ce dernier.
Les photos prises au festival appartiennent à ce dernier.



J'adore Lucile Hadzihalilovic et ses films sont magnifiques et bouleversants. Cela dit, elle devrait mettre à jour sa page IMDb, c'est un jeu d'enfant! :P
RépondreSupprimerCool, j'espère que tu as apprécié l'interview alors. Sinon hésite pas à me faire part de tes remarques hein :)
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