Seul sur Mars (Ridley Scott)

Que reste-t-il de Ridley Scott ? Le réal' de Blade Runner, Alien ou Thelma et Louise prend depuis quelques années l'allure d'un yes man enchaînant des gros films de studios sans saveur. L'engouement critique autour de Seul sur Mars/The Martian semblait prédire la fin de l'hémorragie. Qu'en est-il vraiment ?

Il faut le reconnaître, The Martian est un bon spectacle. Le film propose une intrigue de survival couplée avec celle d'une opération de sauvetage, produisant par là un résultat inédit – inutile donc de le comparer aux récents Gravity et Interstellar – qui se révèle bien maîtrisé. Le film réussit à faire vivre sa galerie de personnages, interprétée par un étincelant casting all star ; offre des scènes spectaculaires ; le tout avec beaucoup d'humour. Ainsi, le film est un divertissement efficace, qui procure un certain plaisir au visionnage.

Néanmoins, on peut lui faire bon nombre de reproches. Le premier concernerait sa mise en scène en pilote automatique, entièrement dévouée à un but fonctionnel. Cela s'ajoute au fait que, dans The Martian, les informations sont exposées par des procédés paresseux (et même parfois redondants) : les dialogues sont majoritairement explicatifs, allant même jusqu'à surligner inutilement des informations mais, pire, l'écran se couvre parfois d'informations en textes, pour un résultat grossier et vieillot (peut-on encore vouloir du texte qui s'affiche à l'écran en faisant bip-bip ?). En effet, outre les spécifications géographiques entrées dans la norme, noms et professions des personnages s'affichent également à l'écran, dans la tradition des procédés prémâchés du film institutionnel ou du reportage TV. Quant aux inévitables scènes de vulgarisation scientifique, certaines répliques puent la visée didactique à plein nez, bien qu'on sente que Drew Goddard, le scénariste, fait de son mieux - il s'en sort d'ailleurs mieux que Nolan avec Interstellar.

The Martian a l'agaçante tendance de vouloir tout appuyer. Il tombe ainsi dans le travers du blockbuster moyen, celui de viser à un confort cérébral maximal. En 1979, Alien c'était sombre, effrayant, anxiogène. En 2015, The Martian c'est léger, optimiste, accessible. Alien pouvait se lire comme une métaphore sur le cancer. The Martian est une ode à la vie, convaincue d'un soit-disant instinct solidaire de l'Homme. En 1982 avec Blade Runner, Scott s’adressait pour le public cinéphile avec un film au rythme exigeant et aux multiples possibilités de lecture. Désormais Ridley Scott parle au grand public. Il faudra s'y faire.

Valou

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