007 Spectre (Sam Mendes)

C'est grave, docteur ?
Spectre est une bon James Bond. Le spectacle est bien mené et l'aventure se suit avec plaisir. C'est dit. Malheureusement, à l'aune de l'accomplissement que représentait Skyfall, le nouvel épisode de l'espion britannique ne peut se contenter que d'une existence en creux.

Tout d'abord, là où la puissance graphique de Skyfall décuplait l'expérience en lui donnant un air de fantasme cinéphile (où le divertissement cohabitait avec un délicieux souci visuel poussé jusqu'au maniérisme), la photographie de Spectre paraît bien plus conventionnelle et par là réduit l'ambition du spectacle. N'est pas Roger Deakins qui veut. Néanmoins, on sent toujours la patte d'un metteur en scène – qui met à profit son budget avec des plans techniquement relevés - mais là où le rythme relativement contemplatif de Skyfall apportait de la majesté au film ; le montage nerveux de Lee Smith (monteur de Nolan) inscrit Spectre dans un emballage bien plus normé.
L'analogie avec le travail de Nolan est d'ailleurs très pertinente : quand Skyfall représentait le The Dark Knight de la franchise – un héros dont on questionne les valeurs et aptitudes fait face à un vilain machiavélique; Spectre en est le The Dark Knight Rises - film plus décomplexé, moins abouti, un méchant surgissant du passé du héros...

En effet, Spectre ne détourne plus les clichés des James Bond, comme dans Casino Royale et Skyfall; il les emploie à plein régime en y ajoutant simplement un petit vernis de second degré totalement indispensable (mais est-ce suffisant ?) à notre époque post-moderne. Le spectre du Bond-époque-Roger-Moore avait été décelé pendant la promotion du film, et les indices n'ont pas menti : après avoir aperçu un personnage humain et faillible dans Casino Royale et Skyfall (Quantum of Solace fait figure d'intrus), Bond se mue ici en sur-homme flegmatique à la punch-line facile. L'investissement émotionnel, qui faisait la force du reboot craiguien, en pâtit. La déception surpasse donc le plaisir, dans ce retour à la tradition bondienne.

Sam Mendes aurait du se satisfaire d'avoir réussi à faire rimer James Bond et grand cinéma avec Skyfall. En acceptant de réaliser cette suite - dont un réalisateur de moindre envergure aurait du s'occuper - Mendes dilue son apport à 007 et nous laisse à regretter le film de Sam Mendes que nous avons manqué à cette occasion.
Rehaussé par une charge post-Snowden contre la surveillance étatique mais diminué par un méchant pas assez mémorable (qui réclame par là un retour), le Bond 24 est un cru de bonne qualité pourtant irrémédiablement décevant au vu des espoirs placés dans le projet. 


Valou

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