Independence Day sur France 3 : une erreur de timing ?

Le 26 novembre, France 3 diffusait Independence Day, le film catastrophe à gros succès de Roland Emmerich. Bien qu'on puisse maintenant douté de la foi que place Emmerich dans ses blockbusters (réflexion par là), et que subsiste l'idée que le film le fait exprès... et bien, c'est toujours très très mauvais. Néanmoins, au-delà la médiocrité du film, ce qu'il fut troublant d'observer c'est une idéologie nauséabonde déversée dans les canaux cathodiques français au lendemain des heures sombres qu'à traversées le pays.

Dans Independence Day, la Terre fait face à une invasion d'extra-terrestres barbares et sanguinaires. Face à cette menace, l'Etat et les braves gens se mobilisent.
On a ici affaire à une production qui capitalise sur les désirs du public en offrant un exutoire fictionnel simple et direct, en gros débarrassé de la complexité du monde. Exemples :

  • Allant à l'encontre de toute crédibilité psychologique, Will Smith, furax, fout une beigne à l'alien et lui envoie des vannes. Le soldat, homme du peuple, ne cède pas à la peur, reste courageux et fier face à la menace.
  • "Il faut les atomiser !". Faisant preuve d'un noble élan belliciste, le Président engage son pays en guerre contre l'ennemi. Pas de contestation possible, l'ennemi c'est le Mal incarné. Il n'est même pas humain. Y a pas de raison donc...
  • Emmerich montre une femme noire de son propre gré au chevet de cette WASP de Première Dame, blessée. Oublié le gouffre social, l'humanité fait preuve de solidarité dans les moments difficiles. Les Afro-Américains ne sont pas rancuniers : la situation l'exige. Ainsi, Independence Day résout des conflits sociaux très importants dans le fantasme. Tout le monde il est beau...
  • Les pays du monde entier se rallient sans sourciller avec les Etats-Unis. Oubliées les négociations et les relations diplomatiques compliquées, la situation est simple : il faut faire la guerre.
  • "Venez prier. - Je ne suis pas juif. - Personne n'est parfait". Les religions ne comptent plus, c'est l'unité nationale. 
Avec Independence Day, on a affaire à un bel exemple de propagande. En effet, il donne à voir une situation de guerre simple où tout le monde rejoindrait la bonne cause, celle de faire la guerre, sans contestation ni aucune réflexion supplémentaire. Independence Day donne bonne conscience. Il rassure. Il caresse le spectateur dans le sens du poil par un message humaniste au ras des pâquerettes qui efface des décennies d'injustice sociale, de conflits politiques, de luttes communautaires... L'action néfaste de l'Etat est éclipsée, c'est devenu accessoire : il faut le sauvez, engagez-vous !

Au vu du sous-texte belliqueux et manichéen, la déprogrammation aurait due être de mise, surtout de la part d'une chaîne publique. En tous cas, France 3 a réussi un jackpot, car la chaîne se plaça derrière TF1, avec 2 700 000 téléspectateurs. Le film idéal en ce moment, je vous dis.

Valou

Commentaires

Articles les plus consultés