Her (Spike Jonze)
EDIT : Après l'avoir revu, une nouvelle appréciation du dernier film de Spike Jonze s'est imposée à moi. Voilà ainsi un second avis de Her, après celui rédigé début avril.
Critique du 4 avril :
Nous sommes dans un futur proche et Theodore (Joachin Phoenix, parfait) est seul. Il se remet très mal de sa rupture avec Catherine (Rooney Mara) jusqu'au jour où il achète un nouveau système d'exploitation intelligent qui a la voix délicieusement éraillée de Scarlett Johansson...
Critique du 4 avril :
Nous sommes dans un futur proche et Theodore (Joachin Phoenix, parfait) est seul. Il se remet très mal de sa rupture avec Catherine (Rooney Mara) jusqu'au jour où il achète un nouveau système d'exploitation intelligent qui a la voix délicieusement éraillée de Scarlett Johansson...
Her faisait partie des films que j'attendais de pied ferme. J'en attendais une love story euphorisante, mais j'ai découvert, derrière les couleurs pastel, un film au spleen aiguisé. A ma grande surprise et pour mon plus grand plaisir, la douceur de la forme est ici au service d'un fond mélancolique qui élève la qualité du film.
Un certain pessimisme -qui dénote des comédies romantiques un brin idéalistes- rend Her très émouvant. Ici, Spike Jonze offre une vision désenchantée de l'amour à l'obsolescence aussi programmée qu'un appareil électrique.
Le film est aussi intéressant pour ce qu'il dit de notre relation à la technologie. Sous le postulat de film d'anticipation, le réal' nous tend un miroir troublant de notre vie actuelle : dépendance technologie, comblant ennui ou solitude; superficialité des sentiments... Le film étonne par sa capacité à dépeindre cette réalité de notre époque.
Malgré un problèmes de rythme, Her est une grande réussite. A conseiller à toutes les âmes sensibles de l'ère 2.0.
Critique du 18 août :
Après
la séance de Her, j'étais à la fois sorti ému et certain
de ne pas le revoir de sitôt de peur de briser trop vite la magie du
premier visionnage. J'étais néanmoins impatient de savoir si mon
avis élogieux allait se maintenir après l'étape du second
visionnage. Le verdict est tombé : Her la supporte
difficilement. Certaines qualités du film restent indiscutables
tandis que d'autres affichent une santé plus fragile.
Ça
n'a pas changé, je suis toujours sensible aux confidences
introspectives entre Joachin Phoenix et Amy Adams, décidément
irrésistible. C'est lorsque celle-ci prend une place importante dans
l'intrigue que le film décolle, à mes yeux. Les deux acteurs sont
remarquables de justesse et les dialogues sonnent très bien. On ne
peut pas en dire autant pour les discussions entre Samantha (l'OS) et
Théodore, qui ne fonctionnent que par intermittence. Avec le recul,
le jeu de Joachin Phoenix et de Scarlett Johannson souffrent de
quelques maladresses, dû à la difficulté de l'exercice (Johansson
a enregistré ses répliques après le tournage). Le pari insensé de
Her n'est donc que partiellement remporté, une sensation de
faux flottant inexorablement sur certaines scènes. La partie « lune
de miel » semble un peu trop surlignée, par exemple.

Spike Jonze intercale des images de flash-back sur les confidences des personnages, technique qu'on voit aussi chez Christopher Nolan notamment. Ce moyen de se figurer les pensées de ses personnages est émouvant mais un jugement m'a traversé l'esprit et ne me semble pas illégitime : est-ce que ce serait pas juste illustratif et peu subtil ? Il m'est alors apparu que la réussite du film était très fragile. Soit le spectateur accepte l'histoire soit il la rejette. La vie des personnages éloignée des dures réalités de la vie (ils ont tous des métiers artistiques et s'en tirent très bien), l'esthétique acidulée quasi-publicitaire, et globalement l'accessibilité grand-public de Her me sont apparus comme des arguments du rejet. Tout compte fait, la frontière entre poésie et sensiblerie est une simple question de point de vue...
On ne peut nier le choix audacieux de ne pas ignorer le thème de la sexualité, ni la pertinence du portrait de notre présent, et même le pitch complètement casse-gueule, toujours est-il que le souvenir du premier visionnage de Her s'est craquelé. Et le doute a fait son œuvre. En le revoyant une deuxième fois, j'ai trouvé que Her était un film marchant sur un fil, toujours près de perdre l'équilibre. Son audace et la profondeur de ses meilleurs moments me convainquent facilement de continuer de défendre ce film, qui est néanmoins ce que j'ai vu de plus touchant cette année.
Valou



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