Game of Thrones (David Benioff & D.B Weiss - HBO)
Ça ne va plus !
Au vue de l'ampleur que prenait la diffusion de la saison 4, je pris
la décision que la série phénomène Game of Thrones ne me
passerait plus à côté. J'entrepris alors de regarder la série, et
après une quarantaine d'heures de visionnage, c'est maintenant fait.
Pas aussi stimulant
que Breaking Bad et son étude de la transformation d'un
monsieur-tout-le-monde en dangereux criminel, ni aussi philosophique
que True Detective aux aphorismes existentiels déclamés par la voix rauque de Matthew McConaughey, Game of Thrones se prend avant tout
comme une possibilité d'évasion dans un monde de fantasy
riche et maîtrisé. Ce voyage dans cet univers dépaysant contribue
à rendre le show addictif, et devrait en partie expliquer son
succès, comme on peut expliquer le culte créé autour du Seigneur
des Anneaux, Star Wars ou Harry Potter, qui nourrissent
tout aussi bien notre soif de mondes imaginaires. Pour entrer dans
cet univers complexe, il vous faudra néanmoins défier les premiers
épisodes introductifs lourdauds de la saison 1. Un effort à
relativiser vu l'ampleur du monde créé par George R.R Martin.
Avec
Game of Thrones, HBO s'éloigne donc des standards qui ont
fait sa renommée, constitués au travers de séries comme Oz, The
Wire, Les Sopranos ou Deadwood. Des séries à l'ambition
sociologique qui souhaitaient écrire le grand roman de l'Amérique.
Toutefois, impossible
de nier le défi représenté par l'envergure de cette fresque mature composée d'une multitude d'intrigues et de personnages. Parmi ce récit éclaté, difficile de ne pas s'attacher à des intrigues plutôt qu'à d'autres, le charisme des acteurs décidant souvent à notre place. Malgré quelques petites déceptions (Kit Harrington qui manque de coffre, Rose "Ygritte" Leslie qui cabotine...), la série peut compter sur un solide casting, réunissant des seconds couteaux vu ici et là (Lena Headey, Charles Dance, Ciaran Hinds, David "Rusard" Bradley...), des acteurs plus identifiables (Sean Benn, Jason Momoa...) et d'autres inconnus au bataillon (Emilia Clarke, Richard Madden...).
Game of Thrones peut tout de même se
voir comme une invitation à entrevoir les coulisses de l'Histoire, collant son nez au plus près des rouages du pouvoir, et permettant d'imaginer ce se qui cache derrière les trahisons,
les dynasties royales et autres conquêtes qui composent nos manuels
scolaires. En plus de cela, George R.R Martin s'attache à narrer son
histoire à travers des laissés-pour-compte. Le personnage de
Tyrion Lannister, joué par le formidable Peter Dinklage, montre le
point de vue d'un nain (superbe référence à Freaks dans l'épisode Second Sons) face à l'intolérance de la noblesse. Un autre protagoniste n'est autre qu'un "bâtard", le fils indigne de Ned Stark. Les
femmes jouent aussi un rôle conséquent dans la série, échappant à leur rôle d'épouse ou de mère dociles et
transparentes. Pour finir, le personnage féminin Deanerys Targaryen,
dans son souhait de libérer les esclaves, rend en quelque sorte justice à cette population dont si
peu de lignes honorent la mémoire. Une façon de réécrire l'Histoire à travers la fiction.
D'abord
peu aidé par une réalisation trop plan-plan, le show
gagne
en efficacité, à mesure qu'il gagne en budget, en prenant de
l'assurance dans sa direction artistique et sa réalisation. Le tout
accompagné par une maîtrise exceptionnelle des effets spéciaux
numériques. En avançant au fil des saisons, les décors studio ou
en extérieur se font de plus en plus majestueux tandis que la série
ose régulièrement des plans techniquement relevés et esthétisants,
comme par exemple un plan séquence dans l'épisode 9 de la saison 4. Il est à mettre à
l'actif de Neil Marshall, réal' de The
Descent ou
Centurion et
joker de luxe que s'offre HBO à deux reprises (Blackwater,
The Watchers on the Wall)
pour mettre en boîte cinquante minutes de bataille en unité
d'action. Il ne faut pas oublier de mentionner le très beau travail
musical de Ramin Djawadi, aussi efficace dans les moments épiques
que sur l'émotion. Et il y a Rains
of Castamere -repris par Sigur Ros sur le générique de The Lion and the Rose- aux accords qui
pourraient filer des frissons glacés à un Dothraki en chaleur.
On peut regretter une certaine complaisance dans le contenu explicite et ses scènes récurrentes de nudité féminine. Sûrement une façon pour la chaîne payante américaine de se prouver qu'elle n'a pas froid aux yeux, tout en affirmant un peu plus le label "adulte". Le rythme n'est pas toujours trépidant, prenant le temps de construire certaines intrigues, mais il est bien souvent compensé par des accélérations fulgurantes et par l'ironie de la narration, sans pitié pour ses personnages. C'est bien sur ce point que la série HBO a bâti sa renommée, et qui explique en partie pourquoi elle fédère tant de fidèles : le spectateur est tenu par un sentiment d'inconfort, d'incertitude quant au sort des personnages qui tombent comme des mouches.
Bien que Game of Thrones soit avant tout un divertissement plus innocent que les séries de références HBO (ou ses équivalents, comme Breaking Bad), la série ne manque ni de qualités ni d'ampleur, qu'elle affirme de mieux en mieux au fil des saisons, jusqu'à The Children, ultime épisode de la saison 4, tout bonnement excellent (le meilleur ?). Impressionnant techniquement (superbe combo décors/costumes/effets spéciaux), la série-blockbuster adaptée de George R.R Martin, délivre avant tout un voyage vers un autre monde terriblement immersif. Une raison suffisante pour se laisser embarquer...
Valou



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