Deux Jours, Une Nuit (Jean-Pierre et Luc Dardenne)
Je suis allé voir
ce film non pas avec la conviction de le trouver à mon goût, mais
par pur curiosité. Je voulais voir par mes propres yeux ce film dont
le concert unanime de louanges cannoises avait de quoi irriter. Pour
être tout à fait franc, j'avais le pressentiment que le film me
ferait ni chaud ni froid, me laissant avec l'idée d'être "passé
à côté", évitant de m'avouer ne pas avoir aimé. Pourtant je suis
forcé de reconnaître que ce film m'a bluffé et m'a scotché à mon
siège.
Sandra apprend que son poste va être mis en jeu à
l'issu d'un vote monstrueux. Soit la majorité des employés
sacrifient leur prime de 1 000€, soit elle est licenciée. Sandra a
le week-end pour partir à la rencontre de ses collègues pour
essayer de les convaincre de voter pour elle. La durée du film
est consacrée à la quête de Sandra soutenue par son mari, vécue
par le spectateur comme un véritable parcours du combattant. Les
réalisateurs arrivent à créer un sentiment de grande empathie qui
prend aux tripes.
Tout d'abord le
mérite en revient à son actrice principale. D'habitude je n'accorde
pas spécialement beaucoup d'attention au performance des
acteurs/actrices mais, dans ce film, Marion Cotillard crève l'écran.
La caméra agrippe tout le long du film son personnage qu'elle
incarne avec une justesse incroyable.
L'émotion provient
aussi de l'illusion de réel procurée par le film. En théorie je ne
suis pas beaucoup attiré par un cinéma à la mise en scène
dépouillée. Je suis le premier à râler de ne pas trouver assez de
« cinéma ». Hors dans ce cas, ce dépouillement est
justifié et nécessaire. La caméra embarquée et les
plans-séquences font ressentir les scènes en temps réel, comme
captées dans la réalité. Impossible d'imaginer le même impact sur
le spectateur si l'illusion avait été moins puissante. En terme de
mise en scène, disons que le film boxe dans une différente
catégorie. Une catégorie où la caméra s'efface le plus possible...
Ce réalisme cru inscrit le film dans la tradition du cinéma-vérité.
En effet, en filigrane, les Dardenne brosse le portrait de leur
époque, et sonde la santé du milieu du travail. Qui n'a pas très
bonne mine. A côté de ça, le suspense créé par l'enjeu du
scénario donne au film des airs de film de genre. A mes yeux, Deux
jours, une nuit conjugue deux qualités qui font, dans
l'imaginaire collectif, la séparation entre deux styles de cinéma :
un message social et une intrigue haletante.
L'écueil du sujet
était de délivrer film moralisateur. Je ne pense pas que les
Dardenne soient tombés dans ce piège. Sandra est loin d'être
gonflée de confiance en soi, partie faire la morale à des collègues
égoïstes. Elle n'a pas l'assurance d'Henry Fonda dans 12 Hommes en colère, lui aussi en quête de justice face au groupe. Sa motivation se confronte souvent au découragement.
Elle est fragile...Très. Si je devais évoquer une réserve, elle
irait sur cet aspect du personnage un peu trop souligné. La plupart de ses collègues font
aussi face à un dilemme moral.
Pour conclure, je
dirai que les frères Dardenne livrent un drame social intense, d'une justesse psychologique remarquable. Le film agit comme une catharsis, dont on ressort chamboulé grâce
notamment à une très belle fin. Une ode à la solidarité qui fait du bien à une époque où les acquis disparaissent grâce à l'invocation de l'"effort de circonstances".
Valou



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