Euskal Herria Zuzenean 2014 - Euskal Woodstock
9h30
C'est à une heure très matinale que je suis arrivé à Lekorne vendredi dernier, la tente sur le dos, le vin dans le sac, la tête dans les nuages. Me voilà partie intégrante de la 19ème édition d'EHZ, pour la première fois en tant que bénévole. Les années passées je ne voulais pas l'être de peur de ne pas pouvoir profiter du festival... Grossière erreur de ma part. Le bénévolat vous donne cette sensation d'un ventre qui se noue, d'un poil qui se hérisse. Suivre de près tout ce qui se prépare en amont du jour-J, travailler la journée pour aider au bon déroulement du festival, regarder le camping se remplir... ce sont des sensations inoubliables, et la saveur des concerts n'en devient que meilleure. Bref, voir le soleil matinal au dessus de ce magnifique château : le ton est donné, ça va être énorme.
14h00
Je déguste ma première bière de la journée au coin des bénévoles, avant de manger un talo préparé par des enfants qui ont eu le privilège d'avoir le site du festival rien que pour eux, toute la matinée durant. Une bière + un talo = pas de doute, c'est l'été !
16h00
Féfé me rejoint : il va être mon collègue la journée, et mon compatriote de pogo le soir. Nous allons au camping, installer notre tente, et nous rencontrons nos voisins. Baptiste, cheveux longs et bouclés, un air nonchalant et une clope au bec, est accompagné par sa copine. Les deux portent un tee-shirt du groupe Dub Inc, ce qui me pousse à croire qu'ils sont venus voir... Dub Inc. Je mène l'enquête. Ils sont venus voir Dub Inc. Mais une autre tête sort d'une tente, c'est un ménage à trois ?? Baptiste veut absolument m'offrir le rosé qu'il a dans le sac, un petit sourire aux lèvres. J'accepte. Il sort un énorme cubi. VIN D'ESPAGNE. Je sais qu'il va être ignoble. Je bois. Il est ignoble. Je recrache. Je rigole bêtement. J'ai déjà la bêtise, ça promet pour ce soir...
16h30
Bon c'est pas tout mais faut repartir bosser ! On s'occupe du montage pour une webTV du festival, dans une ambiance bon-enfant. On rassemble les images de la journée, certains festivaliers très inspirés nous font bien rire, on sent que tout le monde est prêt pour ce soir.
20h30
Fini pour aujourd'hui, c'est parti pour une nuit de décibels. On commence avec les très attendus Andréas & Nicolas, respectivement membres de Era Nova et Ultra Vomit. Les Nantais nous offrent leur plus beau répertoire, l'absurde conquit le public qui chantonnent "Je prend mon chat, j'lui ouvre la tête, j'lui mets une K7 dedans". Un pure moment de bonheur. Le jeu de scène des deux acolytes est également au sommet : costumes, imitations, interaction avec le public... Il n'y a plus aucune barrière artiste/public et c'est vraiment plaisant à voir. Andréas & Nicolas ont également un grand talent de conteurs, tout le monde écoute leurs paroles, entre deux rires. Le festival n'aurait pas pu mieux démarrer qu'avec ces deux OVNIs à la sincérité inégalable.
22h30
C'est l'heure, l'heure du gros concert de ce soir, Dub Inc. N'étant pas très fan du groupe, mais appréciant généralement beaucoup les concerts de reggae, je m'y suis rendu sans à-priori. Le concert commence avec un son d'une qualité remarquable. Au passage, j'aimerais donner un conseil à tous les organisateurs de festivals : venez faire un tour à EHZ pour apprendre à régler le volume. Ici, pas de grincement de tympan, pas d'acouphène gênant, le son est juste purement parfait.
Une heure durant, Dub Inc enchaîne les morceaux, nous transportant littéralement avec eux, jusqu'au retentissement de Rudeboy que le public a eu la joie de chanter en cœur. Le groupe a vraiment tout donné avec un show émouvant et millimétré, et on a vraiment senti que les reggaeman étaient content d'être là, sous l'œil bienveillant de Garroa. Plaisir communicatif.
00h30
Retour au camping, le pas lourd. Nos voisins sont aux anges, et sont d'autant plus râvis quand nous leur annonçont que c'était vraiment un super concert. "Vous avez vu ils sont géniaux, hein ?" Pas de doute, c'est un gros point fort de cette édition.
On s'attelle au débriefing de la soirée, autour de quelques bières. Mais fatigués de la journée, et légèrement alcoolisés, nous nous éteindrons à petit feu, sous le ciel étoilé de Lekorne.
SAMEDI
7h30
Vent frais, vent du matin, vent qui te réveille à 7h20... Un petit mal de crâne au réveil, c'est le signe d'une bonne soirée la veille. Direction la douche ! Sur le chemin, on entend des cris qui deviennent de plus en plus forts au fur et à mesure que l'on s'approche. Ce sont les cris des nouveaux festivaliers. Oui, l'eau est froide. Oui, elle est même gelée. Mais d'année en année je prends de plus en plus de plaisir sous cette eau glacée. Quoi de mieux que de démarrer une journée de cette manière ? Adieu le mal de tête, et nous voilà réveillés ! Sur le retour, j'entends des voix lointaines. Je devine un "fééé !!", je m'interroge... Puis le cri se transforme en "aféééé !", puis... "CAFEEE !". Madre mía !! Je cours (à moitié, pour ne pas paraître ridicule, alors que je le suis deux fois plus) et réclame ma dose de caféine. Hop, c'est reparti pour une journée !
14h00
Notre concentration matinale a été si intense que nous n'avons même pas vu le ciel se couvrir. La pause déjeuner nous fait remarquer de gros nuages qui menacent le site. On sent les festivaliers, et surtout les bénévoles, très inquiets. On l'est aussi. La nouvelle tombe dans l'après-midi : l'alerte orange a été donnée... Mais rien n'arrête EHZ, pas même des vents à plus de 110 km/h. Malgré des dégâts sans grande gravité, les organisateurs décident de maintenir la programmation. Il faut dire que c'est aujourd'hui que l'on attend le plus de monde...
18h00
Fin de la journée, on passe aux choses sérieuses... Des amis nous rejoignent, tous venus voir Ska-P, le groupe tant attendu de ce soir. On commence tranquillement avec le traditionnel apéro du samedi soir, à 5 dans une tente 2 places qui devient vite un vivarium. Entre les petites flaques et les traces de boue, la tente de Féfé se confond dans la nature, si bien que des araignées et d'autres espèces qui me sont encore méconnues s'invitent à la fête. On est parfaitement dans le thème pour un EHZ placé sous le signe de la diversité !
20h30
C'est parti pour du bon son ! Et qu'est-ce que j'aime les soirées qui commencent par un énorme concert... Je parle là de Birth Of Joy, power trio de rock psyché néerlandais. On y retrouve ce que j'aime dans la musique expérimentale : le mélange des genres. On se croirait vraiment à Woodstock quand on entend ce mélange entre The Who, The Doors, Led Zep, Pink Floyd... Mais leur musique est remise au goût du jour, car on y retrouve des consonances électro très intéressantes. Le groupe nous offre un set musicalement parfait, malgré une ambiance assez froide, sans doute à cause de la boue qui recouvre nos jambes. Superbe révélation scénique.
21h30
J'ai toujours eu un bon souvenir des concerts de rap à EHZ, entre IAM, Keny Arkana, Casey... Seul Youssoupha déroge à la règle. J'étais donc impatient de voir ce que donnerait le concert des jeunes Bigflo & Oli. Les Toulousains arrivent sur scène et balancent leur rap. Un bon flow, une bonne instru, on bouge la tête, c'est bon signe. Mais soudain vient tout ce que je déteste dans le rap, ce que j'avais reproché à Youssoupha... le jeu de scène entre les morceaux. Entre deux "Brrrraaaah !!" les deux rappeurs jouent le clash à la Rap Contenders, mais ça ne passe pas. Trop ridicule pour être vrai, pas assez joué pour du second degré, on préfère en rire. A partir de là, on découvre deux jeunes starisés jusqu'au cou, ça en devient lassant... J'en sors donc déçu.
00h30
Après 2-3 verres et un concert de Gatibu plutôt sympa, c'est l'heure. On sentait une attente intenable chez les afficionados de Ska-P, ils peuvent maintenant souffler, la scène est en place, il ne reste plus qu'à attendre la fin du concert sur la petite scène. A peine le concert fini, les Espagnols entrent dans l'arène, sous des cris excités de fans qui seront vite recouverts par les premières notes de Full Gas. L'effet est immédiat : c'est l'anarchie au devant de la fosse. Mais on sent le groupe pas très convaincu... A part quelques jolies pirouettes du guitariste basque Joxemi, c'est mou. Il y a de quoi comparer avec leur concert au festival Emmaüs l'an dernier, car la setlist est la même. Je ne trouve pas ça scandaleux, bien qu'ils auraient pu faire un effort, mais j'ai l'impression d'assister à une répétition plus qu'à un concert. Je ne sais pas ce qui à jouer quand on sait que Ska-P est connu pour mettre le feu. On mettra ça sur le dos de la fatigue... Mais sachant que ce concert était sans doute le dernier du groupe dans le coin, voir un Ska-P en pilote automatique a été pour moi une grande tristesse.
2h45
Après les Bloody Beetroots il y a deux ans et Etienne de Crécy l'an dernier, c'est au tour de Pendulum & verse de revêtir la veste du groupe électro. Mais le problème du Drum N' Bass, c'est que ça passe ou ça casse. Tout dépend de l'ambiance, du concert précédent, du temps, de la fatige, mais surtout de soi-même. Et personnellement, ça a cassé. Il faut dire que je ne suis pas un grand amateur du genre, mais je garde un très bon souvenir d'Elisa do Brasil qui avait exactement la même construction scénique, mais où je m'étais beaucoup plus amusé. Difficile de remonter la pente après le niveau élevé de l'an dernier où le très talentueux Etienne de Crécy avait mis le feu avec ses puissantes basses vintage.
Accompagné de Féfé, je mets un terme à mon écoute forcée et m'en vais comme un prince.
DIMANCHE
8h00
Dur réveil après un sommeil agité, mais il faut se lever, il ne nous reste qu'un jour ! Cette fois-ci, du fait d'un besoin imminent, le café vient avant la douche. Nous avons tous la tête d'un dimanche à EHZ, c'est pas très beau à voir... Vite la douche. Drap de bain sur l'épaule, shampoing dans la main, Féfé et moi même empruntons le paisible chemin de la douche. Il n'y a personne, on va pas se plaindre ! Une fois en tenue d'Adam, nous ouvrons le bidet et... rien. Aucune ne veut marcher. Nous faisons alors le lien entre le non-fonctionnement des douches et l'absence totale de population, pas bête hein... Nous sommes condamnés à rester sales toute la journée, aucun moyen d'ôter cette image de la douche de la maison, où l'eau y est chaude à souhait. En attendant, allons bosser !
13h30
Le ventre qui gargouille est-il le signe d'une grande faim ou d'une cartouche la nuit passée ? Au cas où, nous allons manger au coin des bénévoles. Ça fourmille de monde, apparemment d'autres ventres ont gargouillé... Certains ont l'air plus frais que d'autres, mais tout le monde a le sourire, c'est beau à voir. Après un bon repas, un bon café, et une excellente glace au lait de brebi (cette glace surpasse tous les groupes du festival), nous allons ranger nos affaires et faire un petit tour du camping qui s'est beaucoup vidé. Après avoir bien digéré, nous repartons en montage dans de superbes conditions.
20h30
Vous aurez sans doute remarqué une ellipse assez conséquente, signe d'un travail acharné... C'est l'heure d'un des groupes que j'attendais le plus cette année : les Montois de The Inspector Cluzo. Un duo guitare/batterie surpuissant, et faisant partie, avec Gojira (dont ils partagent le même ingénieur du son), des deux groupes français les plus exportés. Et qu'est-ce que c'est bon... Dans une ambiance super décontractée, le duo enchaîne des gros riffs à la Airbourne, avec un jeu de scène vraiment plaisant à voir. Grâce à une belle sincérité, un humour piquant, des interactions avec le public... on a senti les festivaliers de très bonne humeur et tout le monde s'est lâché. Je ne pensais pas devoir attendre jusqu'au dimanche pour voir les reggaeman de Dub Inc concurrencés !
21h30
Ma foi, du Shantel pour boucler un festival, c'est pas mal trouvé. Tout le monde bouge son corps, certains en puisant leurs toutes dernières forces.
21h30
Ma foi, du Shantel pour boucler un festival, c'est pas mal trouvé. Tout le monde bouge son corps, certains en puisant leurs toutes dernières forces.
C'est ainsi que s'est terminé Euskal Herria Zuzenean 2014, dans la boue et la bonne humeur. Après avoir plié les tentes, on a emprunté le chemin de vendredi en sens inverse, conscients que le retour à la réalité serait difficile. C'est vraiment une chance d'avoir un tel festival dans un si bel endroit, un festival indépendant sans aucun sponsor, avec un tel éclectisme au niveau de la programmation. On sera présents l'année prochaine, pour les 20 ans d'un événement qui a grandi avec nous jusqu'à devenir ce qu'il est aujourd'hui : un rendez-vous primordial.
Allous
Photos de Thierry Loustauneau et Beñat Picabea. Merci à eux.







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