La série : le cinéma du futur ?

Une série TV tout le monde sait ce que c'est. Sûr ? Car le fossé qui sépare ce média avec le cinéma est devenu difficile à déterminer... Petit tour d'horizon des points devenus communs entre série et cinéma.

CASTING

Bien évidemment, la série a créé et crée des stars ensuite catapultés en tête d'affiche au cinéma (George Clooney, Will Smith, Idris Elba, le duo de Sherlock, certains acteurs du cast de Game of Thrones ), mais l'inverse est devenu de plus en plus fréquent : l'an dernier, des noms prestigieux comme Matthew McConaughey, Woody Harrelson, Eva Green, Kevin Spacey, Halle Berry ou Clive Owen se sont retrouvés dans une série. Les acteurs en perte de vitesse ne sont plus les seuls à trouver leur compte dans ce format qui séduit des stars de cinéma.
Même de grands réalisateurs ont leur nom associés à des séries (Lynch, Fincher, Scorsese, Spielberg, Van Sant, Soderbergh...). Preuve que la série cherche à rassembler un public cinéphile ? Oui, mais surtout preuve qu'elle n'est plus considérée comme un exercice indigne mais comme un espace de création tout aussi noble que le cinéma. Les deux univers semblent être complémentaires, et non pas opposés et hermétiques.

Les réalisateurs prestigieux y occupent principalement des postes de showrunner ou de réalisateurs occasionnels mais True Detective est allé plus loin en confiant à Cary Fukunaga la réalisation de l'intégralité de la première saison. Le fait de confier la réalisation à une seule personne change la façon de concevoir le travail de réalisateur de série. L'apport artistique du réalisateur peut être plus conséquente : il a lui aussi une vison d'ensemble, jusqu'alors réservée au showrunner. En effet, le réalisateur de série avait la tâche d'être simplement la clé de voûte de l'équipe technique le temps du tournage d'un épisode, et son apport artistique était très limité. Sur True Detective, la collaboration showrunner-réalisateur prend alors des allures de collaboration scénariste-réalisateur typique du cinéma.
Preuve de ce changement de vision sur le poste de réalisateur de série, David Fincher réalisera bientôt l'intégralité de la première saison du remake HBO d'Utopia. Investissement et contrôle artistique semblent être désormais promis aux réalisateurs. Cela ressemble à une mini-révolution dans un monde où seuls les auteurs et scénaristes semblaient pouvoir se distinguer. Ce changement de paradigme s'observe donc sur le plan formel...

TECHNIQUE ET VISUEL
Quid des prouesses techniques déployées dans les séries ? Désormais un beau plan-séquence fait aussi le bonheur des amateurs de série, qui ont gagné le droit à la crème des spectacles formels. Dans le S04E09 de Game of Thrones, série au département artistique et SFX digne d'un blockbuster, un superbe plan-séquence hyper-chorégraphié compose un moment techniquement extraordinaire. True Detective propose aussi un plan-séquence virtuose sur près de six minutes, tandis qu'Utopia en propose un plus dérangeant pour une scène à l'intensité digne de Elephant. Sur le plan formel, la série titille le cinéma, dont elle voudrait bien détruire le monopole du raffinement esthétique
En effet, la série anglaise Utopia créée par Dennis Kelly a une identité esthétique, à la fois visuelle et musicale, qui pourrait l'installer en haut des créations les plus raffinées du cinéma. Même le ratio d'image adopté (2:35) l'inscrit dans une tradition purement cinématographique, là où le 16:9 télévisuel était normalement de rigueur.
En plus d'être belle esthétiquement, une série peut aussi proposer des plans à l'écriture filmique riche de sens. C'est le cas de Breaking Bad qui, à quelques reprises, propose des plans qui ne s'apprécient que pour leur valeur symbolique, métaphorique. La mise en scène acquiert ainsi une attention artistique très prononcée, chose avant tout visible au cinéma.
Le média série casse une à une toute les barrières et contraintes techniques (budget, SFX, ratio d'images...) pour s'imposer comme un spectacle cinématographique qu'on aurait privé de salles.

STRUCTURE NARRATIVE

Néanmoins, on est d'accord pour dire que la série se caractérise par une suite d'épisodes englobés dans des saisons. Pourtant certaines séries échappent même à cette définition. Les séries prenant le nom d'anthologie proposent des intrigues repartant from scratch à chaque épisode. La Quatrième Dimension et la collection Alfred Hitchcock presents sont restées célèbres. De nos jours, la série alarmiste Black Mirror créée par l'irrévérencieux et sarcastique Charlie Brooker est un exemple des plus excellents qui prouve le potentiel de ce type de série. Les épisodes ne sont ni plus ni moins des moyens-métrages et dans le cas de Black Mirror, ils rivalisent d'idées et de réflexions étourdissantes.

Encore plus troublant, les épisodes de Sherlock ont la durée d'un long-métrage d'une heure-et-demie. L'écriture compte tenu du rythme est alors strictement similaire à celle du cinéma, avec notamment un climax à chaque épisode. Les saisons de trois épisodes prennent des airs de trilogie de cinéma. La série prend donc des allures de cinéma mais l'inverse est observable également. Disney-Marvel produit des films dans une logique sérielle : une intrigue propre se développe dans chaque film mais elle fait partie d'un tout cohérent plus vaste. Et le découpage en « phases » du Marvel cinematic universe ressemble à s'y méprendre à celui des saisons d'une série. D'ailleurs les séquences post-générique pourrait faire office de cliffhanger de série, dans la manière qu'elles ont de chercher à faire saliver le spectateur sur la suite des aventures.

La définition d'une série devient donc très compliquée à une époque où on observe une confusion dans les codes du cinéma et de la série. On y trouve les mêmes acteurs et réalisateurs, des moyens techniques identiques, des identités visuelles tout aussi fortes et des formats très "cinématographiques". Il semblerait que seuls les systèmes de financement et de distribution varient par rapport au cinéma. En encore. Désormais les séries Netflix comme House of Cards sont mises intégralement à disposition le jour de leur sortie, comme un immense film coupé en morceaux. La diffusion hebdomadaire n'est même plus la règle en matière de diffusion. De plus, cette année, Game of Thrones a envahi les salles Imax américaines... Le mariage ciné-série est-il déjà prononcé ?

Valou

Commentaires

  1. Réflexion très intéressante.
    En tant que sériphile et cinévore ou cinéphile et sérivore. Je dois avouer que je ne m'était pas fait la remarque.

    Si j'avais remarqué effectivement une amélioration exponentielle de la qualité des série. Je n'avais pas fait le lien avec le caractère sérié du marvel universe.
    Ciné et série ne se distingue donc plus très bien. Puisque même, la distinction petit/grand écran ne marche pas systématiquement.

    Merci pour cet article

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