Cannes 2017 : Wonderstruck, Okja, La Lune de Jupiter, Faute d'Amour

Le Musée des Merveilles (Wonderstruck) (Todd Haynes - Compétition) :


Construit sur un montage parallèle entre deux époques, Wonderstruck est un délicieux spectacle formel, alliant cette audace narrative avec le charme rétro des films muets d'antan. La mise en scène transpire l'évidence, sobre mais toujours au point, le travail de reconstitution impressionne, et le tout confère un sentiment de réalisme incroyable qui verrouille l'attention – c'était déjà le cas avec Carol.

Toutefois, à mesure que le procédé narratif s'installe, le film se condamne à une issue programmée. Le dénouement naïf, aux pay-off lourdauds, laisse au tout le goût d'un simple exercice de style, intéressant mais finalement trop innocent pour marquer.



Faute d'Amour (Andrei Zvyaginsev - Compétition) :


Le titre affiche la couleur. Faute d'Amour est une œuvre désabusée qui donne à voir, à travers une mise en scène ample et précise, les comportements bassement humains de quelques personnages en proie à une tragédie. Rancœur, amertume... le tableau est noir mais poignant : grâce à un judicieux traitement des points de vue, les personnages gagnent en épaisseur et l'étude de leur comportements tient le film en tension. En résulte, un film complètement maîtrisé proposant un commentaire sur la société et la condition humaine d'une noirceur implacable.



La Lune de Jupiter (Kornel Mundruczo - Compétition) :



Voilà un film qui pouvait potentiellement marcher qui ne concrétise pas ses promesses. Hasardeux formellement – cette post-synchro !, maladroit dans plusieurs répliques, parfois peu vraisemblable malgré son imagerie réaliste, Jupiter's Moon a du mal à embarquer le spectateur au fil de son intrigue pourtant rythmé mais qui se suit de loin. Pas un mauvais film mais certainement un film qu'on voit mal concourir à la Palme. Un cynique dirait que sa place en compétition est due à l'empoignement du sujet brûlant des réfugiés... dont pourtant le traitement reste en surface.

 
Okja (Bong Joon Ho - Compétition) :
Attendu au tournant après un excellent Snowpiercer, Bong Joon Ho présente en compétition Okja dans un contexte électrique - c'est quand même drôle d'entendre le "tamtam" de Netflix dans une salle de cinéma ! Dans la pure lignée de Snowpiercer et The HostOkja est un grand film popu au concept original. Moins serious business que les films précédents dans son entame Totoro-style, le film mute en cours de route vers la comédie d'action pour finir sur des scènes qui en marqueront plus d'un. Comme souvent chez Bong Joon Ho, un message critique du réel conduit la fiction. Cette fois, la cause défendue et l'aspect militant du film pourrait bien lui valoir un statut culte. Pulp et choc, Okja est un divertissement intelligent, certes imparfait (Jake ... ) mais à célébrer pour son audace et sa fraîcheur.


Valou

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