A Beautiful Day (Lynne Ramsay - Compétition)
Vous
regardez les étoiles, la nuit. Certaines scintillent. D'autres brillent
de mille feux. Vous louez leur joliesses. Puis tout à coup, une étoile
filante glisse dans le ciel. La lumière qu'elle diffuse est tellement
pure qu'elle vous éblouit. Accoutumé à la lueur du nombre, vous aviez
oublié à quel point une étoile pouvait briller.
L'ultime
film de la compétition cannoise est une étoile filante, qui nous
injecte entre les oreilles la sève d'un cinéma bouillonnant de vie. Il nous laisse
apercevoir le cœur palpitant de l'expression audiovisuelle, son essence, par sa redoutable simplicité.
Avec
une économie de mots, Lynne Ramsay dessine un
personnage; ses regrets, ses angoisses, ses traumas - des incursions oniriques superbement mariées à un univers pourtant réaliste, palpable. Nous glanons des
informations petit à petit, avançant avec délice dans un mystère plein
de promesses, habité par la présence magnétique de Joachin Phoenix. Puis
des émotions naissent par le couple image-son, par le montage -
superbement expressif. C'est beau à en avoir la gorge nouée.
Ce parachèvement artistique est au service d'une intrigue de genre, un vigilante évoquant la moiteur de Taxi Driver, élevée par l'épure en un récit à l'évidence mythologique.
You Were Never Really Here vole
très haut dans le ciel du cinéma, convoquant les miettes de souvenirs
des concepts deleuziens. Il brille très fort aussi, illuminé par sa forme aventureuse mais étourdissante d'évidence. C'est un morceau de cinéma premium, un millésime. Un des meilleurs de
récente mémoire. Rare et éphémère, ce sentiment de plénitude esthétique qu'il procure. Comme une étoile filante.
Valou



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