Jersey Boys (Clint Eastwood)
Longue histoire que celle qui lie Clint Eastwood et la musique. Au lieu de parler de l'inévitable Bird, je conseillerai avant tout Honkytonk Man, film attachant et probablement celui que j'aime le plus dans l'oeuvre surestimé du réalisateur. Je ne voudrai pas être méchant - ni vexer Allous, grand fan d'Eastwood - mais aucun risque que Jersey Boys ne lui pique cette distinction. Pour ma part, j'ai eu l'impression d'assister à un film sorti d'un musée. Tout semble daté, démodé.
On attribue souvent à la réalisation Clint Eastwood le terme "classicisme". Un bien joli mot pour désigner ce qui est, à mes yeux, une furieuse paresse formelle. Dire que la forme est dépourvue d'idées serait exagérée (il y a bien les apartés face caméra sûrement un procédé venu de la pièce de théâtre) mais il est évident qu'elle vise l'efficacité, le rendement. Une approche plus proche de celle d'un artisan que celle d'un artiste, donc. La qualité de la photographie de Tom Stern est très fluctuante, très contrastée elle "écrase" parfois les noirs. Fluctuant, le jeu d'acteurs l'est tout autant. L'absence de direction d'acteurs se fait ressentir sur certaines scènes
Malheureusement le scénario manque aussi cruellement d'innovation, on peut facilement apercevoir les ficelles du genre. Quelques scènes font sortir du film tant elles sont emmurés dans les clichés. Par exemple, la façon de montrer un "coup de foudre musical" est très maladroite : les membres du groupe rajoutant un à un leur instrument sur une musique qu'ils écoutent pour la première fois est une idée très naïve. Tout comme la scène où le producteur est convaincu qu'il entend un hit dès les premières secondes. J'ai eu beaucoup de mal avec la relation père-fille qui est emmené par des dialogues trop stéréotypés. Finalement, le film a beaucoup de mal à faire oublier le processus cinématographique : on reste beaucoup hors de l'écran, à cause de beaucoup de fausses notes.La crédibilité du film est souvent engagée, et faire jouer un personnage de 16 ans par un acteur de 38 n'aidera pas à en gagner. Il y a quand même des points positifs. Christopher Walken, qui joue le rôle que Clint aurait pu s'offrir, balance ses répliques avec classe tandis que Vincent Piazza assure en caïd sûr de lui. Quelques répliques font mouche et l'humour est présent.
Ce qui m'a aussi gêné c'est une idéologie assez rance qu'on retrouve souvent dans les Clint Eastwood. On croise en filigrane une certaine conception de l'homme, qui doit se prouver en tant que mâle. C'est surtout à travers le personnage de Frankie Valli, qui remplit la fonction de protagoniste principal, qu'on suit le passage à l'âge adulte. D'abord victime de railleries de la part de Tommy qui met en doute sa virilité, Franckie s'impose peu à peu jusqu'à tenir tête à ce dernier. La femme semble un moyen de compléter la panoplie d'homme viril. Sous couvert d'hédonisme, les filles apparaissent comme faciles, bonnes à servir le partenaire masculin dans sa quête de virilité, en se jetant au lit ou en encaissant des remarques machos filmées au premier degré. "Oh il a mis trop cher aux filles, trop drôle le mec".
Au final, Jersey Boys est un film qui plaira à un grand nombre de gens, Eastwood étant un artiste très consensuel. Et même s'il n'est pas désagréable, son dernier film est un échec artistique assez criant. Cheap, compassé, se reposant beaucoup trop sur la musique des Four Seasons, Jersey Boys est un film sans goût, comme congelé depuis une autre époque. Espérons qu'on ne se souvienne pas de ce film de Clint Eastwood comme de son dernier.
Valou



Commentaires
Enregistrer un commentaire