Vers l'infini et au-delà...


On avait de quoi s'inquiéter. En 2012, The Dark Knight Rises clôturait une trilogie en demi-teinte. Véritable concentré de sensations fortes, le film n'en était pas moins décevant. Incohérences, facilités, répliques foireuses, morale politique ambiguë, la suite de The Dark Knight souffre d'un scénario en dessous du niveau auquel nous avait habitué Christopher Nolan. Le pire advint un an plus tard. La campagne promo de Man of Steel s'était faite en partie sur le nom de Nolan, lui qui avait pensé l'histoire et qui revêtait la casquette de producteur. Finalement, mon sentiment de rejet devant Man of Steel fut tel qu'il me fit quitter la salle. Christopher Nolan avait-il perdu son mojo ?

Ayant fini avec Batman, Nolan s'essaye à la SF. Et l'ambition du nouveau projet du magicien d'Hollywood a de quoi ébouriffer. La promesse d'un voyage dans l'espace par un storyteller si doué fait saliver. Le casting est géant. Et l'association de deux majors à la production, la Warner et la Paramount, prouve bien que le réalisateur britannique règne sur Hollywood. Cette reconnaissance, il l'a acquise au cours des années grâce à une filmographie d'une grande constance, entre films de commande et projets personnels, mais c'est la réussite à la fois artistique et commerciale de The Dark Knight qui le fit passer dans une autre dimension. Véritable chef-d’œuvre dans la catégorie blockbuster, il lui ouvrit les portes de son prochain film très ambitieux : Inception. Encore une pépite en la matière. Rares sont les films de divertissement qui sollicitent autant le spectateur.

Un visuel typiquement empreint du 11 septembre
Nouvel étape dans le gigantisme croissant de ses projets, Interstellar s'inscrit dans la continuité de l’œuvre du réalisateur. On y retrouve le concept uchronique, avec une temporalité floue mi-présent mi-futur déjà visible dans Inception. Même les Batman rentrent dans le cas de figure de l'uchronie, car la frontière entre réalité et fiction est beaucoup enjambée dans les deux derniers films, comme s'il fallait considérer qu'ils se passent dans une réalité parallèle post-11 septembre dans laquelle agit un justicier masqué. A partir des bandes-annonces, on flaire le thème de la perte, qui irrigue toute son œuvre, d'une part par l'éloignement entre le père et la fille... et d'autre part par l'absence de la mère. Coop pourrait rejoindre la liste déjà longue des personnages nolaniens ayant perdu sa femme.

Le projet lui permet de se mesurer à celui qu'il affiche comme son réalisateur préféré : Stanley Kubrick. Après avoir vu les dernières images de la bande-annonce, difficile de ne pas penser aux images de 2001 : L'Odyssée de l'espace. L'ombre de Spielberg plane aussi sur la bande-annonce, lui qui devait initialement réaliser le film. La place accordée à la relation filiale dans la bande-annonce fait penser, en effet, au cinéaste qui en a fait une de ses thématiques fétiches. Du côté des nouveautés, on peut remarquer que le héros ne porte pas de costume alors que la classe vestimentaire va souvent de pair avec les protagonistes nolaniens. De plus, ce nouveau film semble s'écarter de la ville alors que la trilogie du Dark Knight et Inception avait nourri une approche urbaine de son cinéma. Toutefois, la stratégie promotionnelle affichée par les trailers prouve qu'on a bien affaire à un film de Nolan.

Une fausse piste de la promo d'Inception
La promo joue sciemment la carte du mystère pour préserver le plus possible le spectateur de l'intrigue. La bande-annonce ne semble révéler que la partie introductive de l'histoire, en s'arrêtant quand le héros va dans l'espace, le plus excitant du projet. Curieuse bande-annonce qui dirige son attention sur des petites choses dont on ne saisit pas bien l'importance : un drone, la loi de Murphy... A noter aussi que les acteurs sont divulgués au compte goutte : un plan pour Casey Affleck, un pour Jessica Chastain et un pour Anne Hathaway et encore aucun visuel de Matt Damon ou d'Ellen Burstyn. La bande-annonce d'Interstellar ou l'art de faire saliver en ne montrant pas grand chose. Le film met toutes les chances de son côté en économisant ses cartouches. Espérons que la promotion continuera de jouer aux devinettes, comme Nolan avait su le faire avec Inception : on ne prenait conscience de la teneur de l'intrigue et de sa densité qu'une fois dans son siège.

A quelques mois de sa sortie, Interstellar, le film le plus attendu de l'année, permet de balayer les doutes laissé par The Dark Knight Rises et Man of Steel. Au son de la superbe musique de V pour Vendetta, Evey Reborn, la fin de la bande-annonce nous invite à croire qu'on se souviendra longtemps de ce 5 novembre... ce 5 novembre 2014...²


² Le mérite de la trouvaille "V pour Vendetta/5 novembre" revient à Allous. Bien vu l'aveugle !

Valou

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