Community (Dan Harmon - NBC/Yahoo Screen)

En ce début de mois de juin, Community a – semble-t-il – tiré sa révérence avec un ultime épisode aussi inspiré qu'émouvant. L'occasion de faire un bilan sur cette série à l'énorme potentiel qui a évolué en dents de scie durant six saisons. Commençant par une première saison au pitch doucement absurde annonçant une bonne sitcom un brin classique, Community s'est peu à peu imposé comme une boîte à expérimentations, frétillante d'inventivité et de second degré. Comme une poupée gigogne, la série de Dan Harmon s'apprécie pour toutes les déclinaisons qu'elle propose. Film noir, paradoxes temporels, films d'action apocalyptiques, stop-motion, remake du Seigneur des Anneaux : les auteurs assouvissent leur fantasmes et leur délires et nous régalent d'expérimentations scénaristiques, d'hommages à la culture pop, de références et de détournements. Certains épisodes peuvent se déguster comme des courts-métrages en soi, tant l'utilisation d'un concept est poussé à fond.
Cette envie de se frotter avec humour aux tropes du cinéma s'accompagne d'un discours méta particulièrement affûté, parfois impertinent, qui rappelle le travail des Américains Miller et Lord ou de l'Anglais Matthew Vaughn. En effet, le personnage d'Abed, considérant la vie comme une série télé, permet de relier le spectateur à l'écriture du show. Cette porosité dans les niveaux de réalité semble être le fil rouge thématique de la série, qui matérialise le thème avec une vraie-fausse émission de télé et une salle de jeux où l'imaginaire devient réel... De plus, le personnage de Jeff Winger, avocat cynique, est toujours là pour rappeler que la vérité appartient au meilleur menteur, ce qui appuie la confusion prônée par le show.

De par sa conscience réflexive aiguisée, la série est difficile à attaquer, Community se tirant de n'importe quel écueil par une pirouette méta pour laquelle on est prêt à tout pardonner. Cependant, si le méta peut nous faire pardonner, il ne répare rien. En effet, la série connaît certains moments creux. Dans la saison 4, la série subit un relatif coup de mou avant de retrouver, aidée par le retour de Dan Harmon à la tête du show, son grain de folie et des gags à se décrocher la mâchoire dans le début de la saison suivante. Cette saison sonne malheureusement le début du départ d'acteurs phares, ce qui contribuera à plomber la série jusqu'à la moitié de la saison 6. Dans celle-ci, bien que le rire soit toujours au rendez-vous, l'écriture en manque d'idée alterne laborieusement les concepts. Heureusement, Community aura eu la chance de se finir par une bien meilleure fin de saison et d'excellents derniers épisodes. 

Inspirée, ultra-référencée, délicieusement WTF, parsemée de talents comiques (Ken Jeong en tête) et saupoudrée de guests prestigieux, Community a eu, dans ses meilleurs moments, l'allure de la sitcom ultime. On pourra néanmoins regretter ses problèmes de production qui ont pesé sur la qualité de certaines saisons, tout en amenant du grain à moudre aux scénaristes, pour notre plus grand plaisir...

Valou

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