Vice Versa (Pete Docter & Ronnie del Carmen)

Chez moi, l'évocation de Pixar prend la forme d'un soupir heureux emprunt d'une douce nostalgie. 1001 Pattes a été une de mes initiations à la salle obscure et depuis, voir chaque nouveau Pixar au cinéma est devenu un rituel dont je suis peu à peu devenu l'instigateur. Avant de verser - encore (voir la critique de Shaun le Mouton) - dans un lyrisme béat, passons de suite au cas du dernier-né du studio, Vice Versa qui était précédé d'un accueil Cannois plus qu'enthousiaste.

Avec ce nouveau film, Pete Docter réinvente le film initiatique en traduisant à l'image les conflits intérieurs de Riley, la protagoniste. Pixar embrasse l'ambition de raconter une histoire simple et universelle, à hauteur d'une enfant lambda, en la mettant en abyme. Il n'y a pas besoin de symbolisme, l'histoire vécue par l'enfant est terre-à-terre. Mes désirs de spectateur changeant avec l'âge, cela me laisse à rêver d'un Pixar qui sauterait le pas en osant rester à l'humain, en filmant Riley en continu...
Le sentiment de vrai qui infuse chaque scène vécue au présent par Riley, du à une animation expressive en diable et un rendu photo-réaliste parfois impressionnant, contribue à s'attacher et à compatir énormément pour l'héroïne dont on comprend toutes les pensées. J'étais perplexe sur la façon dont allait être rendue crédible cette idée à priori sommaire d'une mécanique de la pensée. Finalement le résultat est déroutant tant il traduit bien les tourments et sentiments de l'héroïne. De plus, le procédé gagne en profondeur au fil du film, prenant un virage intéressant, plus nuancé dans la présentation des émotions.

L'écriture est d'un humour abondant, parfois absurde, souvent inspiré. Vice Versa est rythmé, soigné sur le plan narratif (les préparation-paiement sont sophistiqués) et s'apprécie tout autant pour la poésie de ses idées (l'usine à rêve étant sûrement la plus grosse pépite du film) que pour la petite mélancolie qui transpire de l'histoire, à savoir la déprime d'une fille (non pas un énième garçon) vivant mal son déménagement, alors forcée de se reconstruire. La qualité de l'animation, l'humour à tout bout de champ et le crépitement d'idées que propose la formule diffusent un sentiment de plaisir qui ne s'estompe jamais une-heure-et-demi durant, en comptant le générique qui fini le film en apothéose.

Techniquement affolant et possédant beaucoup d'esprit et de cœur, Vice Versa propose le meilleur moment cinéma de la première moitié de 2015. Un  sommet d'animation et encore un nouveau joyau pour Pixar (on déplore néanmoins l'absence d'un thème musical de la trempe de Là-Haut ou Ratatouille, ou d'une compo de Thomas Newman). A croire qu'il y a un génie dans cette lampe bondissante...  

Valou

Commentaires

  1. Quelle merveille ce nouveau cru Pixar, innovant, grisant et touchant, tout ce qu'on demande d'eux !... Chouette chronique en tout cas, après pour moi les quelques notes principales au piano de Giacchino me sont restées dans la tête ^^

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    1. Je t'avoue que ma petite réserve s'est effacée une fois que j'ai réécouté la bande-originale. Même si j'aurai eu plus de sympathie pour une compo de Thomas Newman, Giacchino confirme encore cette année, avec 3 films sortis successivement, qu'on peut compter sur lui.

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    2. Et vous en avez pensé quoi du court-métrage Lava ? ;)

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    3. Perso, j'ai trouvé gonflé de faire un court entièrement chanté, sachant que ça allait rebuter un certain public. Mais finalement le résultat est assez peu intéressant : trop fleur bleue, à partir d'une idée en fait peu originale.

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