Mustang (Deniz Gamze Ergüven)
En
Turquie, cinq sœurs en quête de liberté et de découvertes
subissent l'éducation rigide et archaïque de leurs tuteurs. Au vu du
pitch, on navigue donc entre Virgin Suicides – pour le
portrait de sœurs désœuvrées, désirées par les garçons (ainsi
que pour certains choix de scénario similaires) – et Carrie
de Brian de Palma pour l'opposition à une autorité parentale sévère
et traditionaliste. Sur le papier, on convoque donc promptement
certains modèles, mais à l'écran, ils s'envolent devant la force
incroyable dégagée par Mustang.
La première raison tient
des cinq sœurs - de la jolie jeune femme gracile au petit-bout de
femme espiègle et naïf qui conduit l'intrigue, elles sont époustouflantes. Dès les premières
minutes, on est saisi par la spontanéité et le réalisme qui se
dégage de leur relation complice. L'alchimie entre toutes ces
actrices nous harponne la rétine, donnant illico au film une
crédibilité palpable, un relief tangible qui garantit un
visionnage intense, traversé du début à la fin par un flot d'émotions. Il faut dire que le film est formellement délicieux : la
musique de Warren Ellis - qui évolue cette fois sans son acolyte
Nick Cave - est splendide ; la mise en scène est autant
aiguisée dans le huis-clos qu'elle se déploie dans les grands
espaces turcs – des scènes d'une beauté majestueuse; la lumière
est magnifiquement duveteuse... On traverse tout un éventail
d'émotions, embarqué dans un roller coaster tendre et amer, pour une histoire qui tient autant du récit
d'émancipation palpitant (au climax haletant), que du drame bien
rêche parfois tragique
Cela fait plaisir de voir éclore une cinéaste si
accomplie dès son premier long. La maîtrise est étonnante (mis à
part une-ou-deux astuces narratives peu raffinées), les actrices sont géniales, l'emballage visuelle et musicale est superbe : le moment proposé, très soigné,
est enivrant, magnétique.
N.B : Béni
soit le 17 juin 2015 qui aura été la date de sortie française de
Vice Versa et Mustang, les deux meilleurs moments
cinéma de l'année. Les planètes devaient être alignées
correctement, sans doute. Un heureux hasard qui détrône même, à
mes yeux, la date du 8 octobre 2014 qui avait vu la sortie de Mommy
et Gone Girl, films majeurs de l'an passé (c'est dire !).
Valou



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